Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy effectue, aujourd’hui, une visite en Algérie pour prendre part à la 7e session de la Réunion bilatérale algéro-espagnole de haut niveau. La rencontre intervient à l’heure où une grande part des importations en provenance d’Espagne a été réduite du fait de l’introduction de licences d’importation. Smaïl Lalmas, consultant en matière d’exportation, livre à Reporters son souhait de voir nouer des partenariats « gagnants-gagnants ».

Reporters : Qu’elle appréciation faites-vous des relations commerciales entre l’Algérie et l’Espagne ?
Smaïl Lalmas : L’Espagne est le 3e ou 4e partenaire commercial de l’Algérie qui importe entre 5 et 6 milliards à partir de l’Espagne. Les produits principaux sont la céramique, les produits agroalimentaires et d’autres produits industriels, tandis que l’Algérie exporte principalement du gaz vers l’Espagne. On ne peut pas profiter d’un partenariat si nous n’avons pas de visibilité pour établir des échanges bénéfiques pour nous. Sinon cette rencontre n’apportera pas grand-chose.

Comment évaluez-vous les perspectives des relations commerciales entre les deux pays ?

Avant de parler de relations commerciales futures, il faut évaluer le passif des relations entre les deux pays. A partir de là, nous devons évaluer les facteurs bloquants pour permettre un partenariat beaucoup plus efficace. Nous avons besoin de l’expertise et du savoir-faire espagnols, et l’Espagne peut profiter du savoir-faire algérien. Cependant, pour un partenariat gagnant-gagnant, il faut avoir une stratégie nationale pour pouvoir tirer profit au mieux de nos partenariats.

L’un des produits qu’exporte le plus l’Espagne vers l’Algérie est la céramique. Aujourd’hui, ce produit est soumis aux licences d’importation. Comment jugez-vous cette décision ?

J’ai eu personnellement à discuter avec les membres de l’Association représentant les fabricants de céramique (ACA, Ndlr) sur un plateau de télévision. Il y a eu un grand débat car ils considèrent que certains intrants ne sont pas disponibles en Algérie. Nous avions aussi évoqué le cas d’un fabricant de céramique et d’intrants en la personne de M. Zetchi. Celui-ci a indiqué qu’il pourrait couvrir jusqu’à 65% du marché national. Et les 35% restants, comment les couvrir pour répondre à la demande des producteurs en matière d’intrants ?

Sur un autre registre, quel regard portez-vous sur l’industrie automobile naissante et les récents investissements dans le textile en Algérie ?

En Algérie, nous avons tendance à bâtir des investissements à coups de milliards sans penser à avoir un responsable de l’export comme il m’a été rapporté pour la nouvelle usine de Relizane. La stratégie export doit faire partie de la stratégie de l’entreprise. Pour l’automobile, le Maroc a fêté un million de véhicules produits par an dont la grande majorité est exportée, alors que nous, nous produisons uniquement pour le local avec pratiquement aucune valeur ajoutée.


Comment l’Etat peut-il soutenir les opérateurs nationaux qui souhaitent exporter ?

Il faut ôter les facteurs bloquants qui pénalisent énormément nos opérateurs. Il faut plus de souplesse dans les transferts de capitaux pour avoir des représentations à l’international et payer des représentants sur place. Les experts internationaux disent que nous avons beaucoup de potentiel, mais il faut que celui-ci soit tangible, qu’on l’identifie. Le premier chantier est de faire le diagnostic au niveau de chaque ministère producteur, un diagnostic sectoriel pour détecter les qualités et les quantités produites. Ces informations alimenteront notre stratégie nationale à l’export. Ensuite, concernant l’accès au marché, la destination, il faut qu’on soit mis au même niveau des concurrents à travers des accords de libre-échange particulièrement avec les marchés ciblés. Le troisième axe consiste en la mise en place d’une politique de logistique et de transport qui réponde aux besoins de cette stratégie.