Le retour du chef de l’Etat qui était en convalescence dans un hôpital allemand devrait accélérer l’agenda politique et économique, étant donné que les urgences, du moins sur le plan socioéconomique, risque de compliquer davantage le pilotage d’une économie complètement à l’arrêt. La crise financière née de la rechute des cours du brut sur le marché mondial, aggravée par le choc pandémique courant 2020, a généré une crise économique et sociale sans précédent. Si la crise sanitaire semble perdre du terrain, il est temps de reconstruire, car les lendemains pouvant être complexes. Au plan politique, le chef de l’Etat a esquissé le monde d’après en recevant à la présidence les chefs des partis politiques et leur confiant sa volonté d’accélérer l’agenda à travers la dissolution de l’Assemblée et l’organisation de législatives anticipées. Le défilé de chefs de partis politiques à la présidence a pris les couleurs de consultations politiques aux fins de presser le pas et tenter un consensus face à la crise. Un remaniement gouvernemental devrait accompagner ce chemin. D’autant plus que le bilan de l’actuel gouvernement est maigre, voire insignifiant, notamment sur les plans économique et social. La facture du Covid-19 sur l’économie, évoquée approximativement à la mi-août 2020 lors de la rencontre du gouvernement avec ses partenaires sociaux, s’est révélée plus lourde que prévu au fil des mois, en raison, en partie, à la passivité du gouvernement. L’Etat qui devait injecter environ 1900 milliards de dinars et 10 milliards de dollars au titre de soutien au plan de relance tarde à mobiliser ces ressources, alors que la crise file vers des proportions désormais inquiétantes. L’enveloppe promise risque d’être insuffisante compte tenu des besoins en hausse ; entreprises et banques sont désormais dans un besoin pressant de recapitalisation. Cette crise de ressources dont souffrent les banques et les entreprises publiques et privées risque de se transformer en crise sociale aigue si le gouvernement ne trouve pas les solutions appropriées dans les meilleurs délais. L’urgence d’un plan de relance et d’un modèle de croissance diversifié se fait sentir. En attendant, le président de la République devrait donner le la à travers des orientations claires au bénéfice des entreprises et des jeunes en quête d’un emploi. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à quitter les entreprises en difficulté qui s’écroulent sous le poids de la crise et/ou les universités sans la moindre perspective d’embauche. Le chef de l’Etat doit annoncer un investissement massif à la hauteur de ce qu’exige la crise, des dispositions fiscales et autres mesures d’intéressement au profit des investisseurs. Cependant, l’inconnue demeure intacte par rapport aux réformes annoncées, dont la refonte du système fiscal, le code des investissements, la diversification des sources de financement, la réforme des subventions et du système des retraites… L’un des piliers les plus importants de cette relance tant attendue doit être d’améliorer l’offre interne en biens et services afin de réduire les importations et, par la même, le déficit de la balance des paiements qui est à la source directe de l’accélération de l’érosion des réserves de change. Pour ne pas aggraver la dépendance du pays des importations des biens et service, la Banque d’Algérie a appelé plus tôt l’année dernière à augmenter l’offre domestique en biens et services. Elle avait aussi rappelé la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. « Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services ». Le gouvernement a endossé pratiquement toutes les propositions de réformes sans pour autant avancer concrètement sur le terrain. Le besoin de réformes n’a jamais été aussi pressant. Le chef de l’Etat doit en faire une priorité. n