La réunion que tiendra aujourd’hui l’Opep+ intervient dans un contexte d’incertitudes, marqué notamment par deux faits majeurs. Il s’agit de la chute des cours du pétrole, d’un côté, et l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions occidentales contre la Russie, d’un autre. Deux faits qui confèrent incontestablement un caractère particulier à la réunion. D’où la question de savoir quelle attitude privilégieront les membres de l’Opep + entre le maintien de l’option en vigueur ou le recours, sous la contrainte, à une nouvelle coupe des quotas de productions.

PAR NAZIM BRAHIMI
Les représentants des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), conduits par Ryad, et leurs dix alliés par Moscou, partenaires de l’accord Opep+, se retrouvent par visioconférence pour décider de leur prochain objectif de production. Le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, prendra également la 34e réunion ministérielle Opep et non-Opep, selon un communiqué du ministère.
Les ministres chargés du pétrole des 23 pays de la Déclaration de coopération ont commencé hier à discuter des développements récents observés sur le marché pétrolier international et de ses perspectives d’évolution à court terme à l’occasion de la tenue de la 46e réunion du Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC).
Pour les observateurs du marché pétrolier, l’alliance devrait se prononcer pour une «reconduction de la décision précédente» portant sur une baisse de 2 millions de barils par jour», selon une voix iranienne, compte tenu de l’importante «incertitude» qui marque le marché avec «l’arrivée imminente» d’un nouveau train de sanctions contre la Russie.
«Il y a fort à parier que le groupe réaffirme son engagement envers ses dernières réductions de production», soutient Stephen Brennock, de PVM Energy, qui n’exclut cependant pas que l’Opep+ aille plus loin pour soutenir les cours du pétrole. Motif : depuis la réunion d’octobre, qui s’était tenue au siège de l’Opep à Vienne, les prix sont lourdement retombés pour retrouver leur niveau de début 2022, bien loin des sommets atteints après le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Les deux références mondiales de l’or noir évoluent désormais entre 80 et 85 dollars le baril, contre plus de 130 dollars en mars. Au-delà des explications et appréhensions des uns et des autres, la Chine, premier importateur de brut dans le monde, cristallise les inquiétudes en lien direct avec le regain épidémique actuel faisant craindre un confinement généralisé pesant sur l’économie.
«Pékin a toutefois donné cette semaine de quoi espérer aux marchés, en signalant un possible allègement de la stricte politique «zéro Covid», après une vague de manifestations de colère contre les restrictions sanitaires», tente-t-on de rassurer et d’amortir les inquiétudes.
Cependant, la grande inconnue de l’équation pétrolière tourne autour du brut russe, dans le viseur d’Occidentaux soucieux de réduire les ressources financières permettant à Moscou de financer la guerre en Ukraine,
En effet, l’UE a décidé d’interdire à ses membres l’achat de pétrole russe par voie maritime à partir du 5 décembre, ce qui menace plus de 2 millions de barils par jour, selon les estimations des analystes d’ANZ.
Par ailleurs, les discussions sur le plafonnement des prix, censé renforcer l’efficacité de cet embargo, ont abouti vendredi. Le prix du pétrole vendu par la Russie aux pays occidentaux sera plafonné à 60 dollars le baril dans les prochains jours, les pays de l’Union européenne, puis ceux du G7 et l’Australie ayant trouvé vendredi un accord à trois jours de l’entrée en vigueur de l’embargo européen.
L’Oural, variété de référence pour le brut russe, se négocie actuellement autour de 65 dollars le baril, soit à peine plus que le plafond européen, impliquant un impact limité à court terme.
«Le G7 et l’Australie (…) sont parvenus à un consensus sur un prix maximum de 60 dollars américains le baril pour le pétrole brut d’origine russe transporté par voie maritime», ont annoncé ces pays dans un communiqué commun.
Au-delà de ce plafond, les tankers transportant du brut russe vers les pays tiers ne pourront plus être financés ni assurés d’ici six mois par les opérateurs, afin d’entraver une réorientation des exportations de Moscou.
Pour sa part, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde contre de «graves conséquences pour le marché énergétique mondial», alors que le Kremlin a «plusieurs options pour contourner» cette mesure, souligne un analyste d’UniCredit. Des observateurs relèvent à ce propos que Moscou peut compter sur le soutien de l’Arabie saoudite, qui ne lui a jamais fait défaut depuis le début du conflit – au grand dam des Etats-Unis…
Pour rappel, l’Opep +, qui comprend l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et des alliés, dont la Russie, a provoqué la colère des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux en octobre quand elle a accepté de réduire la production de 2 millions de barils par jour (bpj), soit environ 2% de la production mondiale.
Washington a accusé le groupe et l’un de ses dirigeants, l’Arabie saoudite, de se ranger du côté de la Russie malgré la guerre de Moscou en Ukraine.
Qu’en sera-t-il maintenant ? «Moscou pourrait riposter en utilisant son influence au sein de l’Opep+ pour pousser l’alliance à adopter une position plus agressive dans un avertissement à l’Occident qui hérisse le cartel en réglementant les prix», a affirmé un spécialiste, ce qui «aggraverait la crise énergétique mondiale». <