Pendant que le gouvernement et ses partenaires sociaux se réunissaient, hier à Alger, pour débattre de la situation économique et des voies et moyens à même de sortir le pays de la crise, les ministres de l’Energie des pays siégeant dans l’Opep+ tenaient une réunion en visioconférence pour examiner la situation du marché pétrolier, le respect des quotas de production, dont le taux d’adhésion conditionne, en partie, la rentabilité du baril de Brent.

Dit autrement, moins les pays sont respectueux des quotas de production plus les prix du pétrole s’érodent. Les deux réunions sont d’une importance capitale pour l’économie du pays. La première doit fixer une nouvelle feuille de route économique qui puisse s’affranchir de la rente pétrolière, tandis que la seconde conditionne le niveau des recettes en devises pour cette année, tant il est vrai qu’une reprise des cours pétroliers mondiaux offre un répit, voire une légère marge de manœuvre au gouvernement. Mardi, le ministre de l’Energie, présent à la conférence nationale sur le plan de relance pour une économie nouvelle, a estimé à 96% le respect par l’Opep et ses partenaires non-Opep de l’accord de réduction de la production de pétrole conclu le 12 avril dernier. «Les résultats du suivi de la production qui seront présentés demain mercredi lors des travaux de la réunion mensuelle du Comité ministériel de suivi conjoint OPEP+ révèlent que tous les pays ont respecté leurs quotas», avait déclaré Abdelmadjid Attar, à la veille de la tenue d’une réunion ministérielle des pays siégeant dans l’Opep+. Selon le ministre de l’Energie, cet engagement de la part des pays Opep+ a permis la hausse des cours du pétrole qui sont actuellement à 45 dollars le baril, affirmant que le prix moyen du baril pour l’année 2020 devrait se situer aux alentours de 40 dollars le baril, si ce taux serait encore respecté jusqu’à la fin de l’année en cours. Sur la base de cette prévision de l’évolution des cours du Brent, Abdelmadjid Attrar s’attend à ce que les recettes pétrolières de l’Algérie dépassent les 24 milliards de dollars cette année. Pour l’année 2021, la relance de la consommation énergétique parallèlement à la relance graduelle de l’économie, permettra, selon Abdelmadjid Attar, d’augmenter davantage les prix du pétrole, «mais pas au-delà de 50 à 55 dollars le baril», a-t-il précisé. «Le prix pourrait baisser, mais cette option n’est pas envisageable pour l’heure», a déclaré M. Attar, ajoutant que tous les indicateurs confortent une reprise de l’activité économique et qui se poursuivra jusqu’à 2024, où le prix du baril devrait atteindre les 69 dollars». Les prévisions de recettes, révisées à la baisse par le ministre de l’Energie, sont meilleures que ce qui a été prévu dans la loi de Finances complémentaire 2020 qui, elle-même, révisait le budget de 2020. En effet, la LFC 2020 prévoyait que les exportations d’hydrocarbures au titre de l’année 2020 devraient baisser à 17,7 milliards de dollars, contre 35,2 milliards de dollars prévus dans la loi de finances préliminaire. Cette révision à la hausse des prévisions de recettes devrait permettre au pays de limiter son déficit commercial et, plus globalement, le déficit de sa balance des paiements qui est à l’origine directe de l’érosion des réserves de change. Et c’est ce léger mieux au compteur des recettes qui fait dire au président son optimisme quant à la possibilité de passer cette zone de turbulences sans de gros dégâts. Présidant, mardi, l’ouverture de la conférence nationale sur le Plan de relance pour une économie nouvelle, le Président de la République a qualifié la situation financière du pays de «supportable» même si c’est «difficile», précisant que «les réserves de change s’élèvent à 57 milliards de dollars». De toute façon, même avec une prévision de 24 milliards de dollars, les déficits seront encore là à la fin de l’exercice, mais, assurément, de moindre ampleur que ce qui a été initialement prévu. <