Des changements fondamentaux sont restés en stand-by, alors que la mobilisation de nouvelles ressources financières pour soulager le budget de l’Etat et le Trésor public a fait défaut.

La situation financière de l’Algérie en 2020 a été essentiellement marquée par la baisse des recettes en devises en raison des effets de la crise sanitaire et de la chute brutale des prix du pétrole. Les exportations d’hydrocarbures qui constituent quasiment la totalité de nos entrées en devises ont chuté de 10 milliards de dollars par rapport à l’exercice 2019. Le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, estime en ce sens les recettes tirées des exportations d’hydrocarbures à 20 milliards de dollars l’année en cours, contre des entrées prévisionnelles initiales, selon le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar, entre 23 et 25 milliards de dollars. Cette baisse drastique de la manne en devises a eu des répercussions négatives sur la capacité de l’Etat à financer les besoins liés aux dépenses publiques, en particulier les investissements publics, et explique en partie les déficits importants du budget et du Trésor de l’année en cours. Ces difficultés ont été exacerbées par le maintien d’une tendance dépensière sans contrepartie en termes de mobilisation de nouvelles ressources financières et également par le refus de recourir à la planche à billets et l’endettement extérieur, d’une part, pour éviter une spirale inflationniste et, d’autre part, sauvegarder sa souveraineté en matière de décision économique. Toutes ces difficultés financières, qui remontent à la chute des prix du pétrole en juin 2014 et qui se sont poursuivies en 2019, ont été aggravées, quitte à le rappeler par la double crise précitée. Cette dégradation de la situation financière du pays explique sans doute la raison essentielle pour laquelle le gouvernement Djerad n’a pas, en 2020, mis un plan de sauvegarde complémentaire, fort attendu par les entreprises impactées par les retombées de la pandémie Covid-19. Les chefs d’entreprises touchées ont fort applaudi à la série de mesures du gouvernement prises dès mars-avril : report des paiements des impôts et des cotisations sociales, des échéances de remboursement de dette et celles inhérentes au rééchelonnement de dette, renouvellement des crédits d’exploitation pour atténuer les difficultés de trésorerie pour une partie des sociétés impactées. En juillet dernier, une rencontre gouvernement-patronat-syndicats a dressé une première évaluation de l’impact de la pandémie sur les entreprises et l’emploi et a soumis un rapport à l’Exécutif contenant les propositions des partenaires du gouvernement pour protéger les entreprises et l’emploi contre les conséquences néfastes de la crise sanitaire. Ces recommandations au gouvernement, qui se résumaient pour certaines à des propositions de mesures de sauvegarde complémentaires ainsi que des solutions pertinentes pour financer ce plan économique anti-Covid-19, n’ont pas été à ce jour validées et insérées pour les plus pertinentes dans un programme de lutte contre les effets économiques et appliquées. Parmi ces remèdes, citons l’octroi de nouveaux crédits d’exploitation pour les entreprises touchées, un nouveau report des cotisations sociales et du paiement des impôts jusqu’à l’éradication de la pandémie, l’institution d’un filet social avec l’octroi d’une allocation chômage pour les sans-emploi à cause de la Covid-19. Ce plan de sauvegarde promis par le Président de la République et qui devait être consigné dans la loi de finances 2021 n’a pas encore vu le jour. Les hésitations du gouvernement à mettre en œuvre ce plan, bien qu’un grand nombre de pays touchés par la pandémie ont, quelque mois après l’irruption de la pandémie, appliqué de telles mesures, ont eu pour conséquence l’augmentation du chômage. Le ministre délégué à la Prospective Mohamed Cherif Belmihoub estime à 500 000 les travailleurs en chômage en 2020 à cause de la Covid-19 et qui pourrait compromettre le redémarrage rapide de l’économie en 2021.

500 000 sans-emploi à cause de la Covid-19
A retenir également l’adoption par les deux chambres du Parlement de la loi de finances 2021. C’est l’un des textes les plus fondamentaux dans la vie économique du pays. Cette loi se caractérise par la poursuite de la tendance dépensière : des déficits record du budget et du Trésor. Et du choix de la même solution adoptée par les gouvernements précédents pour réduire ce déficit, c’est-à-dire la dévaluation du dinar pour augmenter les recettes fiscales pétrolières. Ce qui a fait réagir plusieurs économistes et experts qui ont observé du coup que l’application de cette loi à partir de janvier prochain entraînera une hausse de l’inflation. L’autre trait principal de la loi de finances 2021 est le maintien des subventions qui accaparent une bonne part des dépenses publiques. En dépit de la poursuite de la politique des subventions budgétivore, le ministre des Finances a soutenu que le gouvernement ne compte pas recourir à la planche à billets pour financer le déficit. L’endettement extérieur sera sélectif, a-t-il ajouté. Il sera utilisé uniquement pour les projets notamment d’infrastructures rentables. Selon l’argentier du pays, ces déficits seront couverts par le recours aux réserves de la Banque d’Algérie et une politique monétaire plus active notamment par le recours au marché des titres du Trésor. Il faut noter l’absence de mobilisation de nouvelles ressources financières pour soulager le budget de l’Etat et le Trésor. En dehors des premiers pas de la finance islamique, aucune mesure concrète n’est entrée en application pour drainer l’argent de l’informel. Nous retenons cependant dans ce chapitre l’annonce de l’ouverture du capital des banques publiques et la privatisation des entreprises publiques sans toutefois d’agenda précis quant à la mise en œuvre de ces mesures. Quant aux réformes financières, elles étaient en stand-by en 2020. Il s’agit notamment des réformes fiscales et du budget ainsi que de la réforme bancaire. Selon le premier responsable du secteur, leur application sera effective en 2021. Mais pour l’instant, rien n’est clair sur le contenu précis de ces réformes ni l’agenda de leur mise en œuvre, à très court terme, court terme, moyen terme. Presque même topo pour la réforme des subventions. Ce qui semble étonnant du fait que des think tank, des économistes et des spécialistes financiers ont détaillé ces changements depuis plus d’un an, voire plusieurs années. Selon des indiscrétions, le gouvernement tablait sur une adoption de la nouvelle Constitution à une large majorité pour appliquer ces changements. Mais les choses n’ont pas tourné comme il était prévu. Avec l’absence du chef de l’Etat et le ralentissement de l’activité économique observé ces deux derniers mois, l’année 2021, du moins durant le premier trimestre, voire le premier semestre, semble compliquée en termes de redressement de l’économie et de préservation de l’emploi. <