Les entrées en devises en 2021 pourraient approcher, voire dépasser, le niveau des recettes en devises du pays tirées des exportations d’avant la crise sanitaire, si la tendance en matière de prix du pétrole se poursuit et si le rythme de progression des exportations hors hydrocarbures se maintient.

Par Khaled Remouche
Mais les dépenses publiques supplémentaires engagées ou à engager pour, en particulier, faire face à la pénurie d’oxygène et d’eau et les incendies risquent de peser sur le budget de l’Etat. Le ministère du Commerce et le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar viennent d’annoncer tour à tour une augmentation des recettes en devises du pays. Le patron de la compagnie pétrolière a indiqué récemment qu’au cours du mois d’août Sonatrach avait atteint le niveau de recettes de 2020, soit 20 milliards de dollars tirés des exportations d’hydrocarbures.
Il vient d’affirmer à la Chaîne I que les recettes de Sonatrach se situeront entre 30 et 33 milliards de dollars en 2021 si les prix du baril se maintiennent à 70 dollars.
Ce résultat est d’autant plus possible que le niveau de production de pétrole de l’Algérie avait été ramené par l’Opep à 932 000 barils/jour de brut à partir de septembre et 942 000 à partir d’octobre prochain contre 870 000 barils/jour le premier semestre 2021.
De son côté, le ministère du Commerce a indiqué que les exportations hors hydrocarbures ont atteint près de 3 milliards de dollars, soit précisément 2,9 milliards de dollars durant les huit premiers mois de l’année 2021. A ce rythme, les exportations hors hydrocarbures atteindraient environ 4,5 milliards de dollars. Si la tendance en matière de prix du pétrole se poursuit et si le rythme de progression des exportations se maintient, les exportations globales de l’Algérie atteindraient entre environ 34 et 37 milliards de dollars, soit une forte remontée du niveau de nos entrées en devises par rapport à celui de l’exercice 2020. Elles pourraient approcher, voire dépasser, le seuil des recettes en devises tirées des exportations atteint en 2019, 35,8 milliards de dollars.
Quel impact ont ces résultats sur les équilibres macroéconomiques du pays ? Il est clair que le déficit de la balance commerciale sera nettement réduit (-10,6 milliards de dollars en 2020) et que les pressions sur les réserves de change seront moindres que les années précédentes. Les observateurs de la scène financière nationale s’attendent à une réduction sensible du déficit de la balance des paiements. Cela va être rendu possible, non seulement par une augmentation des recettes en devises tirées des exportations mais, également, par une réduction des importations de marchandises, en particulier, une baisse de la facture importations de médicaments et très probablement une facture nulle ou insignifiante en matière d’importations de véhicules en raison du grand retard dans l’octroi des agréments aux concessionnaires. A cela s’ajoute une réduction des transferts de devises à l’étranger et donc de la facture d’importations de services, suite aux instructions du chef de l’Etat demandant à Sonatrach de diminuer son recours à l’expertise étrangère, en un mot, aux sociétés étrangères de services.
Mais les tensions sur le budget de l’Etat persisteront à court terme en dépit d’une augmentation des recettes fiscales pétrolières induites par une augmentation des recettes tirées des exportations d’hydrocarbures. N’oublions pas que le projet de loi de finances 2021 prévoit un déficit budgétaire et un déficit du Trésor record. Cette situation ne s’est pas améliorée, à première vue, en raison des dépenses publiques supplémentaires engagées ces derniers mois et celles qui le seront d’ici à fin de l’année, en particulier pour faire face à la pénurie d’oxygène dans les hôpitaux, aux incendies, notamment l’indemnisation des victimes de la catastrophe et à la pénurie d’eau qui affecte une bonne partie de la population, en l’absence de mobilisation conséquente de ressources financières hors budget de l’Etat.
Signes palpables de ces tensions sur le budget, l’Etat recourt de plus en plus à la cagnotte de Sonatrach pour financer des actions urgentes, notamment l’acquisition de véhicules pour le transport de l’oxygène. Le ministère de la Santé, lui, a recouru à Algérie Télécom pour financer un projet de réalisation d’une unité d’oncologie au sein de l’hôpital de Beni Messous à Alger.