L’alerte Covid est au summum. Le nombre record de contaminations enregistré à la mi-juillet en est la preuve tangible. Ce ne sont pas les indicateurs traduisant un état d’alerte maximum et annonciateurs d’une situation telle que l’Algérie n’a jamais vécue depuis le début de la pandémie qui manquent. La courbe épidémique a pris une tendance ascendante certaine et les chiffres sont révélateurs à plus d’un titre.

PAR INES DALI
Les nouvelles infections au Covid-19 ont grimpé de 914 cas confirmés mercredi 14 juillet à plus de mille cas jeudi 15 juillet (1109 cas) pour atteindre un record vendredi 16 juillet avec près de 1200 cas (1197 cas). Le pic de l’automne dernier est désormais largement dépassé. Il y a à peine deux mois, l’Algérie enregistrait autour de 200 contaminations par jour, parfois un peu plus, parfois un peu moins. Ce chiffre est aujourd’hui multiplié par dix. Il ne représente que les cas des tests RT/PCR positifs déclarés, puisque ceux effectués chez le privé ainsi que les tests antigéniques ne sont pas toujours déclarés, donc pas comptabilisés, pour de multiples raisons.
Pis encore. C’est un chiffre de contaminations quotidiennes qui, en réalité, peut être aisément deux à trois fois supérieur, selon les déclarations des professionnels de la santé et de l’Organisation mondiale de la santé, car beaucoup de personnes asymptomatiques ne savent pas qu’elles sont contaminées et ne font donc pas de test. Elles sont «dans la nature» et contaminent d’autres personnes autour d’elles. La situation est davantage compliquée par le variant Delta qui circule en Algérie et dont il est dit qu’une personne qui en est atteinte peut en contaminer huit autres, même parmi les plus jeunes qui font, eux aussi, des formes graves de la maladie et qui sont de plus nombreux à être hospitalisés.

«On n’a pas encore atteint le pic !»
La situation dans les hôpitaux est révélatrice de l’état réel de la pandémie de Covid-19. Des services Covid qui reçoivent de plus en plus de malades et des services de réanimation saturés. C’est une situation «inquiétante» qui dicte l’urgence de la préparation des hôpitaux à toute éventualité d’une augmentation encore plus importante de patients, dont le nombre de ceux présentant des difficultés respiratoires nécessitant une oxygénation a dépassé toutes les prévisions.
«On ne s’attendait pas à cette situation. On ne s’attendait pas à ce qu’au mois de juillet le variant Delta domine», a déclaré le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie. «Cela fait à peine quelques jours, on était à 500 cas et aujourd’hui on en est à 1200. On n’a pas encore atteint le pic et on ne sait pas quand nous l’atteindrons !», a-t-il alerté, ajoutant : «On sera peut-être 5000, 10.000, 20.000 ? On ne sait pas encore !». Indiquant que, maintenant, pratiquement dans toutes les familles ou dans l’entourage des gens il y a au moins un malade atteint de Covid, il affirmera sans détours : «Je pense que la situation est plus qu’alarmante.»
Pour lui, il n’y a pas de doute que la situation pandémique dépend de la conduite des citoyens. En effet, le relâchement au grand jour, au vu et au su de tous, depuis des mois, a eu pour conséquence la situation «alarmante» dans laquelle se débat le pays actuellement. C’est un point qui a été dénoncé quotidiennement par les médecins. Même s’il relève que «les hôpitaux ne sont pas encore saturés mais en voie de l’être», le Dr Djenouhat, qui est également chef de service du laboratoire central de l’hôpital de Rouiba, a reconnu que les services de réanimation sont, eux, «saturés» et qu’il est «difficile de trouver une place en réanimation».
Il met en garde que si la situation actuelle de hausse des cas se poursuit, «on aura dans les prochains jours non pas une saturation des services de réanimation seulement, mais également des services d’hospitalisation des malades».
Les équipes médicales et paramédicales en charge des patients avec lesquels ils sont en contact tous les jours sont, à leur tour, contaminées quotidiennement. Et quotidiennement, ils perdent l’un des leurs. Le chiffre annoncé par le Dr Lyès Merabet est effarant. En quinze jours, autant de personnes parmi le personnel de la santé sont passés dans le registre nécrologie. «Durant les deux premières semaines de juillet, 15 décès ont été déplorés parmi les professionnels de la santé», a révélé le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). Il a, également, fait savoir que depuis d’apparition de la pandémie de Covid-19 dans le pays, il a été enregistré 340 décès parmi les personnels de la santé, tous corps confondus, dont 200 médecins, sans oublier les près de 20.000 cas confirmés.

«Eviter les visites familiales durant l’Aïd»
En cette veille de l’Aïd El Adha, qui sera célébrée mardi et mercredi et qui, de tout temps, a été synonyme de grands rassemblements et de visites familiales, des appels sont lancés par les spécialistes à l’adresse des pouvoirs publics pour la prise de «mesures de prévention supplémentaires» afin d’endiguer la propagation du nouveau coronavirus et de ses variants, notamment le Delta. A l’adresse des citoyens, ils recommandent la plus haute vigilance par le respect des mesures barrières, à savoir le port du masque, la distanciation physique et lavage des mains, ainsi que d’éviter les visites familiales. Dans le cas contraire, «on aura des semaines de hausse et la situation va durer un peu plus longtemps que ce à quoi on a déjà assisté», a averti le Pr Djenouhat.
Parallèlement à cela, les spécialistes continuent de recommander la vaccination et appellent les citoyens à aller recevoir leur dose de l’anticoronavirus en masse. Le Pr Dejnouhat a expliqué que «le vaccin protège à hauteur de plus de 60% et qu’en cas de réinfection, le malade ne fait pas une forme grave de la maladie. Un autre praticien a, lui aussi, plaidé pour la vaccination en confirmant les propos de la corporation médicale. «Sur un total de 30 cas positifs au Covid-19 qui se trouvent au service réanimation, un seul cas s’est fait vacciner», a affirmé le Pr Amine Salmi, chef de service urgences et réanimation au CHU Mustapha-Bacha.
Selon les prévisions d’approvisionnement en anticoronavirus, l’Algérie devrait recevoir trois millions de doses par mois durant les prochains mois, a indiqué Dr Djamel Fourar, directeur général de la prévention au ministère de la Santé et porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Pour rappel, le ministre de la Santé, Abderahmane Benbouzid, avait annoncé que l’Algérie s’attend à réceptionner 4 millions de doses de vaccin durant le mois en cours, dont 1,6 million de doses ont été reçues au début de la semaine dernière.