L’heure est grave. La situation épidémique inquiétante se confirme de jour en jour, et ce n’est point une surprise que les contaminations au nouveau coronavirus enregistrent un bond significatif.
PAR INES DALI
Une situation à propos de laquelle les professionnels de la santé n’ont eu de cesse de tirer la sonnette d’alarme depuis déjà plusieurs semaines et qui se vérifie au moins sur deux plans qui restent des indicateurs de l’ampleur de la pandémie. Le premier est le nombre de cas de Covid-19 qui est repassé au-dessus de la barre de 400 cas par jour, voire se rapproche des 500 cas, et ce, alors que ces chiffres ne sont pas représentatifs de la réalité, les spécialistes estimant qu’ils peuvent être multipliés par trois.
Le deuxième indicateur est la saturation des services Covid au niveau des hôpitaux, notamment des grandes villes, à telle enseigne que d’autres services ont dû suspendre leurs activités initiales et se convertir en services Covid. Face à cette situation qui risque de ne plus être maîtrisée, les professionnels de la santé ont deux morts d’ordre : vigilance et vaccination.
Hôpitaux en état d’alerte
La réunion d’urgence tenue mercredi dernier par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, regroupant les cadres de l’administration centrale et les directeurs des établissements hospitaliers de la wilaya d’Alger pour augmenter les lits Covid et renforcer les moyens logistiques et humains, le traduit parfaitement. Ces mesures sont également valables dans d’autres wilayas comme Blida et Constantine.
Dans la capitale qui reste en tête des wilayas les plus touchées et devant cette situation d’urgence, la direction du Centre hospitalo-Universitaire (CHU) Mustapha-Bacha a adressé le jour-même une note de service dans laquelle elle a informé les professeurs et chefs de services concernés par l’hospitalisation des malades Covid que l’hôpital a décidé de «revenir au dispositif de mobilisation maximale avec une capacité de 300 lits d’hospitalisation à partir du 3 juillet». C’est ainsi que pas moins de treize services (pneumologie-phtisiologie, diabétologie, dermatologie, neurologie, médecine interne, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie, chirurgie générale A et B, chirurgie cardiaque, chirurgie thoracique et cardio-vasculaire, chirurgie orthopédique et traumatologique) vont devoir cesser toute activité de soins et de formation et ne se consacrer qu’à la prise en charge des malades Covid.
A Blida, il n’y aurait même plus une seule place d’hospitalisation dans le service Covid de l’hôpital Brahim Tirichine (ex-Faubourg), selon le chef de service pneumologie, le Pr Yacine Kheloui. Si un nouveau malade arrive, ils doivent l’évacuer vers un autre hôpital. «On dispose de 54 lits réservés aux malades Covid-19 dont 4 relèvent de l’urgence et le reste pour le tri», a-t-il fait savoir, tout en estimant que les autres hôpitaux de la wilaya «sont saturés ou vont être saturés». Cette saturation est due au fait que les services ont «réduit de moitié les lits réservés aux malades Covid quand la situation était maîtrisable, ce qui n’est plus le cas maintenant», a-t-il fait remarquer, tout en «espérant la réouverture d’autres services pour le coronavirus, comme à l’hôpital Mustapha-Bacha».
Pour une communication plus offensive
Pour lui, il n’y a aucun doute que «nous sommes en pleine troisième vague». Ce qui l’a amené à revenir sur les chiffres non seulement des cas mais aussi des décès que l’on déplore chaque jour, non sans évoquer l’état d’épuisement des équipes médicales et paramédicales qui font face au virus depuis près d’un an et demi, tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Selon ce professeur, il n’y a pas eu suffisamment de sensibilisation des citoyens auxquels on disait que «la situation est maîtrisée». «Le résultat est là», a-t-il dit, indiquant que «le résultat est le relâchement vis-à-vis des gestes barrières, alors que la situation devenait de plus en plus inquiétante». Comme ses autres confrères qui se sont prononcés sur la question, il déplore que les mesures n’aient pas été prises en matière de sensibilisation et de communication pour faire prendre conscience à la population du danger de cette pandémie qui est toujours là. Il ira plus loin en affirmant qu’«il faut écouter les spécialistes qui sont sur le terrain» et prendre leurs avis en considération.
Avec le variant Delta qui fait ravage dans de nombreux pays du monde et qui a même contraint certains d’entre eux à revenir au confinement, la gravité de la situation en Algérie ne permet plus de minimiser la situation épidémique. Le variant Delta circule en Algérie et vient encore compliquer la situation et, comme l’ont souligné les spécialistes, il touche également les plus jeunes parmi la population. L’Organisation mondiale de la santé a alerté que le nombre de cas de variant Delta «augmente à un rythme alarmant en Afrique» de même qu’il y a «un risque de nouvelle vague de la pandémie portée par le variant Delta en Europe».
«Il ne faut pas attendre que la vague actuelle devienne un tsunami pour réagir», selon le Pr Kheloui, et «il faut une prise de conscience individuelle et collective», selon le Pr Mohamed Belhocine, responsable de la cellule d’investigations et d’enquêtes épidémiologiques, selon lequel il y a deux urgences. La première est de se protéger et de protéger les siens. «On n’arrêtera jamais de le dire assez», a-t-il déclaré, citant dans de sens «le port du masque, l’hygiène des mains et la distanciation sociale qui sont la meilleure protection individuelle tant que nous n’avons pas vacciné 80 ou 90% de la population».

«Vacciner au maximum»
La deuxième urgence, a-t-il poursuivi, est de «vacciner au maximum. Si les services de santé sont débordés, comme ce fut le cas lors des premières flambées que nous avons connues en Algérie, il est possible qu’il faille recourir à des mesures de confinement pour limiter la mobilité humaine. Parce qu’on a très bien compris que quand on limitait la mobilité humaine, on limitait la transmissibilité du virus». Un énième appel donc à la vaccination afin d’y faire adhérer le maximum possible avant qu’il y ait péril en la demeure. Mais également au respect des gestes barrières qui, avant la vaccination, étaient mieux, surtout durant les périodes de pics comme ce fut le cas en novembre dernier quand les contaminations quotidiennes enregistraient record sur record après avoir dépassé les 1.000 cas par jour.
Toutefois, actuellement, même si la recommandation répétitive des spécialistes est de ne pas céder au relâchement et de continuer à observer les gestes barrières, il n’en demeure pas moins que celle-ci n’est pas à l’ordre du jour des citoyens. Le relâchement généralisé que les médecins ne cessent de déplorer est toujours là, partout, dans tous les lieux publics. Dans la rue, dans les commerces, les transports, comme si la crise sanitaire due au Covid-19 n’est plus d’actualité. La vaccination est la deuxième recommandation que les spécialistes conseillent aux citoyens réticents, tout en les exhortant à se rendre massivement dans les structures dédiées maintenant que les doses de vaccins sont disponibles, surtout que le variant Delta circule, lui aussi, en toute liberté. Il faut savoir que ce variant ne donne «pas de toux ni de fièvre», selon les spécialistes. En revanche, ses symptômes sont «beaucoup de douleurs articulaires, maux de tête, douleurs au cou et au haut du dos, faiblesse générale, perte d’appétit, et pneumonie». Il est décrit comme «plus virulent et avec un taux de mortalité plus élevé». Parfois sans symptômes, contrairement à la souche initiale, il «ne vit pas dans la région naso-pharyngée et affecte directement les poumons».