Le sujet de l’heure est la menace du variant Omicron qui domine les débats et la lancinante question qui se pose est de savoir comment l’Algérie se prépare-t-elle pour y face lorsqu’il sera une réalité dans le pays, après qu’il se soit propagé sur les cinq continents. Pour le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, la solution serait d’aller vers «la généralisation du pass vaccinal» qui sous-entend «obligation vaccinale». Intervenant hier sur les ondes de la Radio nationale, il a affirmé qu’il voudrait d’abord «cadrer la situation», soulignant qu’«il ne faut pas se tromper de cible».

PAR INES DALI
«Actuellement, la cible c’est le variant Delta, c’est très important à savoir. A côté, il y a une cible émergente, l’Omicron, qui, d’après les données de modélisation qui ont été faites, aura un problème majeur mondial aux environs de février, mars ou avril. C’est-à-dire qu’il serait probable qu’il remplace le Delta à cette échéance», a-t-il déclaré, en insistant, particulièrement sur l’urgence de revenir aux mesures préventives essentielles telle que la vaccination. «La seule solution est la vaccination pour essayer d’atténuer l’effet potentiel de la vague épidémique du variant Delta et, en même temps, d’essayer de retarder au maximum la propagation d’Omicron», a-t-il dit, arguant que le vaccin est «bénéfique quel que soit le scénario, parce que l’immunité résiduelle qui persiste après une vaccination peut protéger contre les formes graves» de la maladie. Mais face à Omicron, «on n’a pas encore de données, on essaye de tester l’activité neutralisante des sérums vaccinaux et on aura les résultats dans une ou deux semaines pour avoir une idée plus précise». Il est revenu, par la même occasion, sur la troisième dose de vaccin surtout pour les personnes âgées, soutenant que celle-ci peut augmenter l’immunité à 90%. Il a enchainé qu’en attendant d’évaluer le niveau de risque d’Omicron, même si la baisse (de l’efficacité des vaccins) sera prononcée, l’immunité résiduelle protégera toujours contre les complications et les formes graves.
Abordant la faible vaccination, il a reconnu que même si l’hésitation est un phénomène mondial, elle reste toutefois «très prononcée» en Algérie. Pour inverser la tendance, il a recommandé plus de «moyens» encourageant la vaccination, citant dans cet ordre d’idées la mesure du ministère des Transports qui a adopté le «pass vaccinal» pour le transport maritime et appelé à sa «généralisation dans certains endroits» pour une plus grande adhésion vaccinale parce que, a-t-il dit, il s’agit de protéger la population et de faire face aux variants qui vont apparaitre à l’avenir». Il insiste qu’il ne faut pas seulement penser qu’il s’agit de se protéger seulement contre Omicron mais contre tous les variants qui risquent d’éclore, d’où, selon lui, «il faut absolument généraliser la vaccination et la rendre plus massive».
La généralisation du pass vaccinal à tous les secteurs est une forme d’obligation à la vaccination et le Pr Derrar estime que celle-ci devrait être «accompagnée d’une forme de pédagogie», avant de noter que «c’est une mesure qui n’aura que des conséquences positives». Il soutient également que l’obligation vaccinale pour «tout le personnel de la santé car il ne faut pas qu’une structure censée soigner les patients devienne elle-même une source d’infection. C’est inacceptable». Pour lui, tous les secteurs, tous les lieux où il y a des regroupements de personnes (écoles, universités et autres), il faudra appliquer la mesure du pass vaccinal pour circonscrire la propagation du virus. Encore une fois, le directeur de l’IPA revient sur l’aspect pédagogique. «Il nous faut comprendre pourquoi cette réticence et convaincre ensuite, en expliquant aussi que sur 3 milliards de vaccinés, il n’y a pas d’incident majeur.» Dans les pays bien avancés dans la vaccination, même avec une explosion des cas n’est pas accompagnée d’une pression sur les infrastructures hospitalières ni en réanimation, a expliqué le Pr Derrar.

Plus de malades dans les hôpitaux
Dans ce chapitre, les hôpitaux commencent à ressentir l’impact de la 4e vague en recevant de plus en plus de malades. L’exemple est donné dans la wilaya d’Oran, où les deux hôpitaux, Haï-Nedjma (ex-Chtaïbo) et celui d’El Kerma, réservés aux cas Covid sont quasiment saturés. «L’hôpital de Haï Nedjma affiche complet depuis quelques jours, tandis qu’à El Kerma, il reste encore quelques places pour arriver à saturation», selon le chargé de communication de la Direction de la santé et de la population (DSP), Dr Youcef Boukhari. La wilaya d’Oran enregistre 40 à 45 nouveaux cas par jour, dépistés uniquement par tests PCR. Le nombre avoisinera ou dépassera les 100 nouveaux cas/jour en comptant les tests antigéniques et sérologiques, a-t-il ajouté. Les lits des deux établissements sont quasiment tous occupés, a-t-il signalé, précisant que 215 patients sont sous oxygène, 19 suivent des soins intensifs et 4 autres intubés. «La situation est un peu inquiétante surtout après la baisse de la vaccination».
Intervenant à ce sujet, le Dr Djamel Fourar, directeur de la prévention et de la promotion de la santé au ministère de la Santé, a, pour sa part, affirmé, hier, que toutes les structures hospitalières à travers le pays étaient prêtes à faire face à la 4e vague si elle venait à s’intensifier, après avoir tiré des enseignements de la virulente 3e vague notamment par rapport au manque d’oxygène, non sans avoir fait montre de son regret de voir un tel reflux de la vaccination ces derniers mois.

Un million de doses du vaccin Johnson & Johnson attendu
Les vaccins sont pourtant disponibles et l’Algérie s’apprête à recevoir un million de doses du vaccin Johnson & Johnson au maximum vers la fin du mois courant, selon le Pr Derrar, en plus de ceux dont elle dispose déjà. «Nous avons déjà 13 millions de doses et avec les nouvelles acquisitions prévues, le pays peut atteindre les 20 millions de doses», a-t-il fait savoir.
Pour l’instant, il préfère ne pas parler de fermeture des frontières ni de confinement face au risque Omicron, mais déclare privilégier le renforcement du contrôle aux frontières, un interrogatoire minutieux des voyageurs qui viennent des pays atteints par Omicron et des enquêtes épidémiologiques minutieuses, surtout que l’Algérie a enregistré six cas suspects mais dont les résultats se sont avérés négatifs.
La vaccination des 12-18 ans n’est pas à l’ordre du jour car, selon le Pr Derrar, «le souci majeur, c’est d’élever le taux de vaccination chez les personnes à risque et non de vacciner les adolescents, car stratégiquement parlant et logiquement, il faut protéger les personnes qui risquent de faire des complications alors que les sujets de moins de 18 ans transmettent le virus mais ne font pas de complications». Quant aux arguments des anti-vaccination, il a tenu à souligner que jusqu’à présent, ce ne sont que «des arguments théoriques qui ne reposent sur aucune donnée scientifique», de même qu’«aucune publication scientifique» n’est venu étayer lesdits arguments à ce jour.