La situation épidémiologique actuelle ne prête pas à l’optimisme et «le pire» est à craindre «si des mesures» nécessaires ne sont pas prises. Plus de 200 cas confirmés et près d’une dizaine de morts chaque jour avec des services Covid et surtout de réanimation au bord de la saturation laissent présager des jours plus difficiles.

PAR INES DALI
C’est l’avis des professionnels de la santé qui poursuivent leurs mises en garde aussi bien envers la population qu’envers les pouvoirs publics.
«La période de stabilisation, sinon de décroissance de la courbe de l’épidémie – ce qui était prévisible comme pour toute épidémie – a fait croire, à tort, à des institutions, à certains collègues et à la population que nous étions en phase terminale de l’épidémie. Nous étions plutôt en phase de décrue de la pandémie par le virus original de Covid-19», selon le professeur Nouredine Zidouni, chef de service de pneumologie au CHU de Béni Messous et expert international en maladies respiratoires. La réalité est tout autre actuellement et le virus a repris une circulation bien plus intense surtout depuis l’apparition des variants. «Aujourd’hui, la prépondérance est que les variants continuent à occuper le terrain, et ils le font avec une augmentation exponentielle, c’est-à-dire qu’ils ont une croissance importante», a alerté le professeur Zidouni. Son appréhension vient également de ces variants dont la dangerosité a été soulignée par les spécialistes du monde entier.
«Les variants britannique et nigérian, surtout britannique, sont caractérisés par une augmentation de la virulence et une rapidité plus importante de la transmission de l’infection. Donc virulence et contagiosité sont plus élevées et si ces deux paramètres liés au virus sont réunis, et en l’absence de riposte, nous aurons un nombre de cas confirmés exponentiellement croissant, c’est-à-dire que le nombre de cas va doubler», a indiqué le Pr Zidouni dans une énième mise en garde, en soulignant qu’il faut impérativement que «les mesures de protection soient mises en œuvre et appliquées» et, surtout, «contrôlées». Il faut aussi que «la population obéisse à ces mesures qui sont impératives et qui peuvent sauver des vies. Je ne cesse de répéter qu’il faut garder à l’esprit les 3M : à savoir masque, mains (lavage, ndlr) et le un mètre et demi de la distanciation physique. Si on respecte cela, on peut espérer une stabilisation de l’épidémie», a-t-il indiqué.
La virulence des variants est mise en exergue par un autre spécialiste qui, à son tour, lance des signaux d’alerte. «Les variants britannique et nigérian sont présents en Algérie mais le premier est le plus dangereux car il mène souvent les malades en réanimation et provoque des insuffisances respiratoires», a signalé le professeur Idir Bitam, expert en maladies transmissibles et pathologies tropicales. Il a également soutenu, à l’instar d’autres de ses collègues, que les variants de Covid-19 touchent de plus en plus de jeunes, contrairement à la souche initiale qui ne faisait que de très rares cas de cette catégorie de la population.
Laxisme
Des mesures doivent être prises maintenant que la recrudescence s’est bien confirmée et le «laxisme» n’a plus lieu d’être. «Nous avons enregistré actuellement un rebond de l’épidémie, un retour de la croissance épidémique telle qu’elle était observée au début. C’est un troisième pic ou peut-être même une troisième vague que nous allons atteindre dans quelques semaines si nous ne maintenons pas et ne mettons pas en pratique les mesures urgentes de protection de la population par la généralisation obligatoire des mesures barrières. Si nous continuons à être aussi laxistes, nous allons être dans une situation où la riposte par l’offre de soins sera insuffisante pour juguler cette épidémie», a estimé le Pr Zidouni, qui n’écarte pas l’éventualité d’une troisième vague de la pandémie, tout comme le Pr Bitam et tant d’autres.
Le professeur Zidouni a tenu, par ailleurs, à noter que pour e qui est des cas atteints par variants, ce sont «les problèmes respiratoires qui dominent le tableau clinique même si parfois, au départ, ce sont d’autres signes extra-thoraciques qui constituent le devant de ce qu’on appelle la scène clinique», a-t-il dit, avant d’insister que «rapidement les signes respiratoires sont présents». L’autre constat qu’il a également tenu à signaler, c’est que «l’évolution est plus rapidement croissante que ce qu’on a observé l’année dernière en mars-avril et en juillet» et que «dans la maladie du Covid, même avec la souche initiale, un certain nombre de malades avaient d’autres signes prédominants au tout début mais c’était les syndromes respiratoires qui dominaient ensuite».
L’idée de la supposée «immunité collective» balayée
A propos de la supposée immunité collective qu’aurait contractée la population durant la période d’accalmie qui a duré plusieurs semaines, une idée à laquelle on a voulu faire croire, l’expert international en maladies respiratoires qu’est le Pr Zidouni a largement montré sa désapprobation. «Certains articles ou suppositions ou hypothèses émis par certains collègues n’avaient pas lieu d’être, parce que nous étions loin, très loin de cette immunité collective», a-t-il regretté. Et ce n’est pas la première fois. Dans une de ces récentes déclarations, il avait même affirmé que ce genre de suppositions est de nature à «démobiliser les gens, à les encourager à avoir de tel comportements (de laisser-aller, ndlr) et à leur faire croire que la pandémie est vaincue, ce qui est faux».
Une appréciation d’ailleurs largement partagée par le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national de la santé publique, selon lequel «affirmer qu’il y a une immunité collective, parce qu’il y a une baisse des cas sur plusieurs semaines, est une façon de désensibiliser les citoyens quant au respect des gestes barrières». Ainsi, l’idée d’une supposée immunité collective qui démobilise les citoyens et participe à leur désensibilisation ne peut que les exposer plus au danger qui les guette sur leur état de santé, sachant que des milliers de personnes l’ont payé de de leur vie en Algérie et des millions dans le monde.
Ainsi, le Pr Zidouni a tenu à noter que «le coronavirus est encore là et le pire est à venir si nous ne respectons pas les mesures universellement admises», évoquant, dans ce sens, aussi bien les gestes barrières que la population doit respecter, que la vaccination qui n’est pas au rythme voulu pour cause de non-disponibilité de vaccins en quantités suffisantes.