L’alerte est au plus haut. La situation épidémique est alarmante. Elle est en tout point semblable à celle qu’a vécue l’Algérie en novembre 2020, lorsque les contaminations au nouveau coronavirus ont enregistré record sur record jusqu’à dépasser le pic de mille cas quotidiens en l’espace de quelques jours. Cette fois-ci, le nombre de contaminations au Covid-19 est passé de 585 cas mercredi 7 juillet à 831 cas vendredi 9 juillet. Les professionnels de la santé et autres spécialistes exerçant au niveau des hôpitaux en contact quotidiennement avec les malades n’arrêtent pas d’alerter que la situation est «inquiétante», «préoccupante», «alarmante».

PAR INES DALI
Au niveau des hôpitaux de certaines wilayas, comme Alger, Blida, Oran, Constantine, les services Covid et de réanimation sont pour la plupart saturés ou au bord de la saturation. Le besoin en lits d’hospitalisation et de réanimation augmente de jour en jour. Cela sans compter que bon nombre de citoyens atteints de Covid-19 ne sont pas hospitalisés et se soignent chez eux, selon les indications des spécialistes qui disent préférer ne garder que les personnes atteintes présentant des formes graves de la maladie et, surtout, celles nécessitant une oxygénation.
Dans la capitale, qui reste en tête des wilayas les plus touchées, l’ensemble des structures sanitaires accueillant les malades de Covid-19 est débordé, comme le Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, le CHU de Douéra, celui de Béni Messous, ou encore l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet). Avec des contaminations quotidiennes qui évoluent autour d’une centaine de cas par jour, le cumul des cas enregistrés ces derniers temps ne pouvait que déboucher sur une telle situation de saturation. Les spécialistes estiment qu’il faut ouvrir encore plus de lits Covid, redéployer tous les moyens matériels possibles et remobiliser toutes les équipes médicales et paramédicales, sans oublier de vacciner le maximum de personnes possibles et de sensibiliser la population.
Les personnels de la santé, tous corps confondus, qui prennent en charge les malades sont épuisés après plus de quatorze mois, pour nombre d’entre eux, de lutte contre cette pandémie dont la situation ne s’arrange guère avec la propagation des variants de Covid-19 connus pour avoir une transmissibilité nettement supérieure à la souche initiale et touchant même les jeunes en bonne santé.
C’est ce que met en exergue le Dr Mohamed Yousfi, chef de services des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik (Blida), qui n’a pas cessé de recevoir les malades Covid depuis la déclaration des premiers cas dans le pays. «La troisième vague du nouveau coronavirus a touché un grand nombre de jeunes», a-t-il déclaré, alertant que la plupart des personnes infectées qui ont été reçues et hospitalisées à l’EPH de Bouafrik avaient besoin d’oxygène. La demande va crescendo puisque «depuis plus d’une semaine, les services Covid n’ont reçu que des cas d’urgence nécessitant une intervention rapide», a-t-il ajouté. Le Dr Yousfi, qui est également président de la Société algérienne d’infectiologie, n’hésite pas à qualifier la situation épidémiologique dans le pays de «dangereuse, surtout s’il n’y a pas d’amélioration et qu’elle reste telle qu’elle est».
«Le variant Delta est celui qui représente le plus grand danger pour le pays», a indiqué, pour sa part, le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, soulignant que la situation épidémiologique qui a commencé à se dégrader de façon progressive depuis avril dernier est actuellement arrivée à son pic. Il a appelé les citoyens à plus de «vigilance» et à respecter les mesures de prévention notamment le port du masque qui a disparu ainsi que la distanciation physique et le lavage des mains, et ce, afin d’«éviter au maximum les risques de contamination aux variant et de pouvoir arrêter la dynamique de sa propagation».
Outre les appels quotidiens aux citoyens à respecter les gestes barrières, les appels aux pouvoirs publics se font également plus entendre ces derniers jours. Les professionnels de la santé relèvent que la lutte contre la pandémie de Covid-19 n’est pas du seul ressort du secteur de la santé qui déploie tous les efforts possibles pour y faire face. La lutte est «multisectorielle» et nécessite «la conjugaison des efforts de tous». C’est ainsi que le Dr Yousfi a appelé les pouvoirs publics à «intervenir et à imposer de la rigueur dans la mise en œuvre de mesures préventives, qui ne sont plus respectées et qui ont provoqué un taux élevé de contaminations aux variants, notamment le Delta qui est un variant rapide et mortel». Intervenant dans le même sens, le Pr Djenouhat a souligné la nécessité pour les autorités publiques à «mettre en œuvre des décisions strictes et immédiates pour rétablir la stabilité et contenir la situation».

Augmenter la cadence de vaccination
Sortir de la crise qui s’accentue ou, du moins, la maitriser passe obligatoirement par une accélération de la vaccination, seul moyen à même de donner une immunité collective contre le Covid 19. Tout en faisant remarquer que «nous sommes encore loin d’atteindre l’immunité collective qui nécessite de vacciner plus de 20 millions de citoyens», le Dr Yousfi souligne que «plus le taux d’infections est élevé, plus il y a de variants. C’est pourquoi, contenir et réduire la dangerosité de Covid-19 reste lié à l’étendue de la réponse des citoyens aux mesures préventives mais aussi à la poursuite de la campagne nationale de vaccination». A ce titre, il y a lieu de rappeler que le ministre de la Santé a annoncé que l’Algérie recevra quatre millions de doses de vaccins, en plusieurs lots, les prochains jours. Cela permettra d’augmenter la cadence de vaccination qui, malgré une certaine avancée, n’est pas encore à la hauteur de l’objectif tracé pour de nombreuses raisons endogènes et exogènes.
La vaccination est un point sur lequel tous les spécialistes s’accordent, appelant sans cesse les réticents parmi les citoyens à ce pas accorder foi aux «fausses informations véhiculées par les réseaux sociaux». Cette mise en garde a encore été lancée par un autre professeur immunologiste. «Il y a beaucoup de polémique à propos de la vaccination, pas seulement en Algérie mais dans le monde. Il y a beaucoup de fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux», a affirmé le Pr Réda Djudjik chef de service immunologie au CHU Beni Messous. «Il faut faire confiance à la médecine et à la science. En faisant le rapport bénéfice/risque, le vaccin reste le seul moyen d’éradiquer cette pandémie», a-t-il assuré, notant que tous les vaccins ont des effets secondaires et que les deux doses permettent une plus grande immunité qui évite d’avoir une forme grave de la maladie, d’être hospitalisé et d’être sous oxygène. Il fera remarquer, par ailleurs, après que le ministère de la Santé eut donné des instructions pour augmenter le nombre de lits d’hospitalisation et autres, que «cela ne suffit pas de donner des instructions, mais il faut aussi voir si les hôpitaux appliquent réellement les instructions du ministère». Pour rappel, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a tenu jeudi une réunion par visioconférence avec l’ensemble des cadres centraux du ministère et des directeurs de la santé et de la population (DSP) de toutes les wilayas. Il a instruit les responsables de mobiliser «tous les moyens humains, techniques et logistiques pour faire face dans de bonnes conditions à la situation», comme il a donné instruction pour l’augmentation du nombre de lits dans les centres Covid et dans les services de réanimation, et pour l’approvisionnement en oxygène et en médicaments en quantités suffisantes. Il a, en outre, instruit les DSP d’accélérer la cadence de vaccination. n