La chronique du début du mandat du nouveau président de la République, Abdelmadjid Tebboune, retiendra que sa première action de gestion rendue publique a été de convoquer et de présider une réunion du Haut-conseil de sécurité. A l’ordre du jour, la situation en Libye et l’insécurité au Sahel. Deux dossiers qui concernent directement l’Algérie à ses frontières comme ses priorités diplomatiques. Deux questions qui semblent aussi valider une partie du discours du chef de l’Etat qui, lors de sa campagne de candidature et lors de son investiture, a défendu la présidentielle du 12 décembre comme une nécessité face aux défis géostratégique et sécuritaire posés à l’Algérie dans son espace régional.

Urgence. Le voisinage maghrébin et sahélien est plus que jamais une préoccupation majeure pour l’Algérie. Une urgence qui s’ajoute à celle relevant du domaine interne au pays dont notamment la formation du gouvernement qui œuvrera à la concrétisation des priorités du Président de la République.
Preuve de cette urgence à dimension régionale, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a présidé, jeudi, une réunion du Haut-conseil de sécurité, selon un communiqué de la présidence de la République. Le Haut-conseil de sécurité a ainsi «examiné la situation dans la région notamment au niveau des frontières avec la Libye et le Mali». Le HCS a décidé, à l’issue de cette réunion, d’une «batterie de mesures à prendre pour la protection de nos frontières et notre territoire national et la redynamisation du rôle de l’Algérie au plan international, particulièrement en ce qui concerne ces deux dossiers, et de manière générale dans le Sahel, la région saharienne et l’Afrique». Dans le sillage, le président de la République «a décidé de réunir le Haut-conseil de sécurité de manière périodique et chaque fois que nécessaire», précise le communiqué de la Présidence. Notons la présence entre autres à la réunion du Premier ministre par intérim Sabri Boukadoum, le général Saïd Chengriha, commandant des Forces terrestres qui assure l’intérim du chef d’état-major de l’armée décédé lundi, les ministres de la Justice Belkacem Zeghmati et de l’Intérieur (par intérim) Kamel Beldjoud, ainsi que les patrons de la Gendarmerie nationale, le Général Abderrahmane Arrar et de la Sûreté nationale (Police) Khelifa Ounissi.
Il faut d’emblée noter que la réunion de ce Conseil intervient dans un contexte régional tendu avec une accélération des évènements, particulièrement sur la situation en Libye, avec un activisme diplomatique du président turc Reccip Tayyep Erdogan, pour l’envoi de troupes en Libye pour soutenir le Gouvernement d’union nationale (GNA) face aux troupes du général à la retraite Khalifa Haftar.
A l’évidence, deux dossiers préoccupent l’Algérie dans son voisinage immédiat, la Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et la crise du pouvoir dans laquelle s’est retrouvé le pays, et le Mali, depuis fin 2012, lorsqu’il y a eu le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré.
Un affaiblissement de l’Etat avait donné de l’appétit aux mouvements islamistes qui ont profité de la rébellion touarègue pour prendre le contrôle du nord du pays, une situation devant laquelle l’Algérie n’était pas restée sans réactions en menant depuis janvier 2014 une œuvre de réconciliation entre les parties maliennes en conflit.
Cette médiation aboutira à la signature de l’accord d’Alger, paraphé le 15 mai à Alger et le 20 juin 2015 à Bamako, entre la République du Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), sans que le Mali ne puisse retrouver la stabilité perdue.

Contexte régional tendu et accélération des évènements
Près de cinq ans plus tard, le cabinet d’Abdelmadjid Tebboune, arrivé à la magistrature suprême le 12 décembre, fait face aux mêmes urgences régionales, qui s’ajoutent à des préoccupations internes.
S’agissant de cette urgence régionale, elle peut s’expliquer de deux manières. La première a trait à l’absence de l’effort diplomatique algérien sur ces deux champs de crise, d’où la nécessité de se redéployer diplomatiquement sur le terrain où l’Algérie a accusé le pas depuis le 22 février, étape qui a contraint les autorités à gérer une contestation populaire inédite.
Cet effacement peut être vraisemblablement illustré par le nombre insignifiant de diplomates des pays de la région du Sahel à se rendre en Algérie.
Il y a eu certes la visite, mi-juillet, du ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale, Tiébilé Dramé, en Algérie, précédée par celle, en juin dernier, de Sabri Boukadoum, alors ministre des Affaires étrangères dans l’Exécutif de Bedoui, où les deux ministres avaient coprésidé la 14e session du Comité bilatéral stratégique (CBS) algéro-malien. Il y a eu, aussi, la participation, le 7 décembre en cours, de M. Boukadoum à la 5e édition de la Conférence MED Dialogues, consacrée à l’examen du dossier libyen, organisée à Rome par le chef de la diplomatie italienne, M. Luigi Di Maio et à laquelle ont participé les représentants des pays voisins de la Libye.
Il reste cependant incontestable que le déploiement de l’Algérie dans ce dossier a accusé le pas, bien que les participants à la rencontre de Rome ont souligné leur attachement à «une solution politique inclusive du dossier libyen, seule alternative viable et en mesure de répondre aux aspirations du peuple libyen», une approche qui conforte celle privilégiée par Alger depuis l’éclatement de la crise libyenne. Mieux, les participants ont réitéré leur attachement à «la nécessité d’associer les pays voisins de la Libye dans la recherche et la mise en œuvre de toute solution à la crise libyenne». Sauf que, deuxième manière de lire cette urgence pour l’Algérie, c’est qu’il y a eu l’apparition de nouveaux éléments rendant plus complexe la crise libyenne. Il s’agit de l’acharnement de Khalifa Hafter à renverser Tripoli, d’un côté, et de l’appel de Faiz Essaradj, président du Conseil présidentiel et Premier ministre, à une aide turque. Depuis, la Turquie n’est pas seulement un nouvel acteur dans la région, mais surtout un élément qui complique la crise libyenne et qui la rend plus difficile à résoudre. Deux raisons attestent cette évolution, le discours très offensif que tient Erdogan sur le sujet et son initiative d’aller voir, à la surprise générale, le président tunisien Kaïs Saïd, en Tunisie.
Cette évolution, qui n’a pas encore livré ses secrets, est de nature à inciter davantage l’Algérie à se redéployer diplomatiquement. Une évolution, notons-le, qui valide une partie du discours du chef de l’Etat qui, lors de sa campagne de candidature et de son investiture, a défendu la présidentielle du 12 décembre comme une nécessité face aux défis géostratégique et sécuritaires posés à l’Algérie dans son espace régional.
Mais une évolution qui place aussi et plus qu’avant le profil du futur ministre des Affaires étrangères au cœur des débats.