Il est vrai que le prochain gouvernement pourrait profiter de la reprise des cours du brut sur le marché mondial pour reparamétrer l’économie, mais il sera, néanmoins, confronté à d’importants problèmes immédiats, liés essentiellement à la nécessité de faire repartir la croissance et absorber un chômage qui repart à la hausse.

Par Hakim Ould Mohamed
Tout, cependant, laisse à penser que des réformes sont attendues, compte tenu de la gravité de la situation dans laquelle se débat l’économie nationale, frappée de plein fouet par le double choc sanitaire et pétrolier qui a caractérisé le précédent exercice. La croissance reste sous-financée ; le Premier ministre sortant alertant la semaine dernière sur la problématique de mobilisation des ressources financières qui se pose désormais de plus en plus avec acuité, à l’heure où la question du financement de l’investissement et du déficit budgétaire demeure sans réponse, d’autant plus qu’il a été révisé à la hausse par la loi de finances complémentaire de l’actuel exercice. Les marges de manœuvre du prochain gouvernement semblent être étroites. Le gouvernement avait déjà actionné courant 2020 deux des leviers dont il disposait, à savoir le financement monétaire à travers la mobilisation des dividendes de la banque centrale, ainsi que la dépréciation de la monnaie nationale pour augmenter artificiellement les revenus libellés en dinar de la fiscalité pétrolière. La politique monétaire semble avoir atteint ses limites, ce qui met le prochain gouvernement devant un sérieux dilemme ; celui de quêter de nouvelles sources de financement. La remontée spectaculaire des prix du pétrole sur le marché international pourrait offrir un répit de courte durée, car le niveau des recettes est conditionné non seulement par la rentabilité du baril de Brent, mais aussi par un retour de l’investissement et de la croissance dans le secteur des hydrocarbures, eux-mêmes tributaires de l’efficacité de la nouvelle loi sur les hydrocarbures à capter les investisseurs étrangers.

Aggravation du coût social de la crise
En attendant l’apport en financement de la rentabilité tant recherchée du baril de Brent, l’économie demeure confrontée à de sérieux problèmes d’investissement et de financements. En témoignent les récents aveux du Premier ministre.
Cependant, le prochain gouvernement aura besoin aussi de donner des gages sur le plan social, en mettant à l’abri les petites et moyennes bourses des conséquences de la révision annoncée du dispositif des subventions généralisées. C’est un dossier très sensible, car pouvant précipiter dans la paupérisation des catégories sociales, alors que les ménages ont été durement affectés ces dernières années par une érosion ininterrompue de leur pouvoir d’achat. La hausse de l’inflation, l’augmentation des prix à la production et à la consommation, la dépréciation du dinar ont fini par lézarder les capaciter des ménagers à se relever des conséquences de la crise sociale. Celle-ci a été aggravée en 2020 par le choc pandémique et ses répercussions sur l’entreprise, le marché de l’emploi ainsi que sur la situation financière du pays, dont les éléments les plus visibles sont la hausse du taux de chômage, les faillites d’entreprises et les problèmes récurrents de liquidités qui ont rythmé la vie des Algériens durant ces derniers mois.
Même si ses marges de manœuvre sont étroites, le prochain gouvernement doit relever le défi, et non des moindres, d’une ultime possibilité de réforme avant que le paquebot atteigne l’iceberg. Ces réformes, qui seront forcément difficiles et impopulaires, se posent en unique chance de sortie de crise à travers la réaffectation des ressources au profit de l’investissement et de la croissance, l’assainissement des finances publiques, la réforme des lois pour améliorer l’attractivité du pays et son climat des affaires, le rétablissement de la viabilité des comptes extérieurs au moyen d’importants ajustements budgétaires… C’est dire que le prochain Exécutif est réellement mis en demeure quant à l’impératif d’engager des réformes ambitieuses et structurelles pour offrir à l’économie l’ultime chance de se redresser.

Les alertes de la Banque d’Algérie
Dans sa dernière note de conjoncture, la banque centrale a appelé à la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaires, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. «Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services». Depuis ces alertes de la banque centrale, datées de 2019, les efforts auxquels elle a appelé ne sont pas légion sur le front économique et budgétaire. A contrario, les précédents gouvernements se sont empêtrés dans d’interminables reparamétrages à coups de mesures monétaire, dont la dépréciation de la monnaie nationale. L’institution monétaire avait mis en garde dans la même note que «l’ajustement du taux de change ne doit pas constituer le principal, voire l’unique levier d’ajustement macroéconomique». «Pour être efficace, il doit accompagner la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services», a souligné la Banque d’Algérie.
Le prochain gouvernement est contraint d’agir face à une situation qui ne fait que se complexifier au fur et à mesure que les actions font défaut. La maitresse des réformes consiste à revoir de fond en comble le modèle actuel de croissance, d’assainir les finances publiques, de réviser les lois sur l’investissement, de réduire les dépenses et mieux canaliser le budget.