Alors que les positions financières internes et externes vont en s’affaiblissant, faute de réformes budgétaires et économiques, le gouvernement peine à fixer un cap clair quant aux solutions qu’il devrait prescrire à une économie presque à l’arrêt. Une chose est sûre, les mesures destinées à atténuer les symptômes de la crise – qui était de vigueur depuis maintenant plusieurs années – risque d’aggraver davantage la crise ; celle-ci nécessitant un traitement de fond, lequel était quasi-absent de l’action du gouvernement durant sa première année aux manœuvres de l’Etat. Ce qui signifie que le gouvernement est sérieusement mis en demeure sur la question des réformes et des chantiers économiques et budgétaires maintes fois remis à plus tard. Dans sa feuille de route budgétaire de l’actuel exercice, l’Exécutif s’est éloigné de la rigueur budgétaire, conservant les dépenses à des niveaux élevés, alors que les recettes sont attendues à la baisse, bien que la reprise des cours du brut pourrait apporter une bouffé d’oxygène aux finances publiques. En effet, chacun des barils de pétrole vendus au-dessus de 45 dollars ne peut être que bénéfique pour le pays, dont la loi de finances de 2021 est bâtie sur un prix de marché de 45 dollars le baril, alors que le prix de référence est de 40 dollars. Avec des recettes en hausse par rapport à 2020 et des dépenses en tendance haussière, le budget de l’Etat devrait rester tendu, ce qui nécessite un effort de réforme soutenu et des mesures qui rompent avec les soins palliatifs prescrits à un mal profond. D’autant plus que les déficits jumeaux devraient s’inscrire en hausse cette année, soit -2784 milliards de dinars pour le déficit budgétaire et 2,7% du PIB pour le déficit du compte courant. Plus globalement, le déficit de la balance des paiements devrait rester élevé en 2021. La résorption de ces déficits exige un important effort d’ajustement budgétaire, voire une série de réformes économiques pour réorienter les dépenses vers les secteurs à haute valeur ajoutée. Dans sa dernière note de conjoncture, la Banque d’Algérie a souligné à juste titre la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services, avait recommandé la banque centrale. Au plan microéconomique, l’effort devrait être investi dans les entreprises et la croissance afin de limiter la casse et le coût social de la crise. Sur cette question, le gouvernement est sérieusement interpellé au risque de faire exploser le réservoir du chômage et d’éroder un peu plus le pouvoir d’achat des Algériens. L’année 2020 a été pour le moins plate et sans actions d’envergure pouvant inverser la tendance à la hausse des déficits. Les opérations de politique monétaire, se rapportant tantôt à la baisse du taux des réserves obligatoires, tantôt à la dévaluation du dinar, ont constitué l’essentiel des actions menées jusqu’ici face à la crise financière que subit le pays. Assurément, comme l’a déjà souligné la banque centrale, l’ajustement du taux de change du dinar «ne doit pas constituer le principal, voire l’unique levier d’ajustement macroéconomique. Pour être efficace, il doit accompagner la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services», avait indiqué la banque d’Algérie dans sa dernière note de conjoncture. Cela signifie que le gouvernement doit faire des réformes économiques et budgétaires une urgence absolue, autrement sa marge de manœuvre se rétrécira davantage dans les mois à venir. Or, le bilan des ministères en charge de l’action économique était jusqu’ici mitigé, voire maigre par rapport à ce qu’exige la conjoncture comme efforts de réformes. Ceci étant, la remontée des cours du brut sur le marché international est une bouffée non des moindres pour l’économie algérienne, en mal de ressources, alors que les besoins de financement évoluaient crescendo sous l’effet du double choc coronavirus-chute des prix du pétrole. Avec cette reprise des cours du brut, les finances publiques devraient mieux résister, mais le gouvernement doit amorcer sans délai d’importantes réformes économiques et budgétaire aux fins de renforcer la résilience de l’économie. Face au ralentissement de l’activité économique constaté durant les deux années 2019-2020, l’entame des réformes auxquelles a appelé la banque centrale pourrait aider à dégager une marge de manœuvre budgétaire pour le gouvernement.