L’Algérie pourrait engranger au minimum 15 milliards de dollars supplémentaires si les prix du pétrole se maintiennent autour de 100 dollars le baril. Ce qui donne du répit à nos finances. La question est de savoir si cette période d’aisance financière sera bien utilisée ?

En ce début d’été, l’Algérie a retrouvé une certaine aisance financière avec des recettes cumulées en devises dépassant les 25 milliards de dollars cumulées pendant les six premiers mois de l’année en cours, soit davantage que la recette de tout l’exercice 2020. Toufik Hakkar, le premier responsable de la compagnie pétrolière nationale, avait estimé que Sonatrach engrangera 50 milliards de dollars en 2022 contre 35 milliards de dollars en 2021, soit un gain supplémentaire de 15 milliards de dollars. C’est le fruit de deux facteurs, l’effet prix et l’effet volume. Concernant les prix, la moyenne du brut algérien pendant le premier semestre 2022 dépasse les 100 dollars selon différents spécialistes. En ce sens, l’Opaep a indiqué que la moyenne du brut algérien s’est située à 115 dollars, en mai, et à plus de 120 dollars en juin de l’année en cours. Quant au volume, Sonatrach a enregistré une légère croissance de la production durant les cinq premiers mois de 2022 et espère une croissance du niveau d’extraction de sa production d’hydrocarbures entre 2 et 4% en 2022.
Ce qui veut dire que du point de vue volume production, ce sera autant ou davantage que le niveau de 2021. Cette situation financière positive a, à l’évidence, des répercussions positives sur l’économie nationale. L’Algérie enregistre d’ores et déjà une stabilité du niveau de ses réserves de change. Si les prix du pétrole se maintiennent à la hausse, autour de 100 dollars, il est clair que l’Algérie enregistrera une croissance du niveau des réserves de change en 2022, ce qui lui donnera du répit pour mener les changements si importants pour parvenir à une économie plus solide, moins dépendante des fluctuations des prix du pétrole. Le second impact de cette embellie financière est la croissance des recettes fiscales pétrolières et donc davantage de manoeuvres au gouvernement pour financer la politique sociale et la croissance des investissements publics, susceptibles de contribuer à une hausse de la croissance de l’économie nationale. Il faut s’attendre à cet égard que les dépôts de Sonatrach à la BEA augmentent et contribuent donc à une croissance de la liquidité bancaire.
L’autre retombée positive est l’augmentation du fonds de régulation des recettes, l’écart entre le prix de référence de 35 dollars et les prix actuels étant aujourd’hui très importants. La question est de savoir si cette embellie financière a des répercussions sur l’économie réelle.
Les entreprises qui ont souffert en 2019 et connu des difficultés, en 2020 et 2021, en raison de la crise sanitaire, auront-elles en 2022 assez de ressort pour enclencher une dynamique économique l’année en cours ? L’incertitude demeure ainsi quant à la capacité de ces entreprises à se relever, d’accroître la production et leurs investissements après les difficultés financières qu’elles ont connues pendant la période de la Covid-19. La question est de savoir également si les banques joueront le jeu en facilitant l’octroi des crédits aux investisseurs.
En tout état de cause, la loi de finances complémentaire 2022 fournira des signaux sur les intentions de réformes du gouvernement et si la promulgation de ce texte fondamental dans l’évolution de l’économie nationale se limitera, encore une fois, à une distribution d’enveloppes financières supplémentaires sans injection de financements dans les secteurs et domaines à rentabilité certaine, qui autorise des retours sur investissement rapides.
Le report de la réforme des subventions, qui sera sans doute entérinée par l’adoption de la loi de finances complémentaire 2022, suppose une mobilisation de sources de financement alternatives aux ressources budgétaires pour atténuer le poids des subventions dans le budget de l’Etat.
Or là, ni la loi sur le partenariat public privé n’a été promulguée ni des initiatives en matière d’emprunts obligataires n’ont été lancés, ni des opérations de financement des investissements des entreprises n’ont été effectuées via la Bourse, qui reste à l’image du retard de la modernisation de l’économie nationale.