C’est à l’appel du collectif des «Journalistes algériens unis» qu’une vingtaine de personnes, entre journalistes et citoyens du Hirak, s’est retrouvée à la Maison de la Presse « Tahar Djaout » pour une action de solidarité avec Sofiane Merakchi et Belkacem Djir, tous deux incarcérés à la prison d’El Harrach.

L’année du Hirak a été une année dure pour les journalistes et la liberté de la presse. Intimidations, interpellations et incarcérations sont les risques les plus encourus par les journalistes, notamment pendant leur couverture du Hirak.
De nombreux journalistes l’ont appris à leurs dépens. Le dernier en date, Sofiane Merakchi, croupit en prison depuis des mois, officiellement pour une histoire de matériel introduit en fraude, en infraction avec la législation douanière. En vérité, c’est surtout parce que Merakchi officiait en tant que correspondant de médias étrangers sans accréditation. Dans tous les cas, selon ses défenseurs, cela ne justifie pas le mandat de dépôt.
C’est pour dénoncer cet état de fait qu’une vingtaine de personnes, entre journalistes et citoyens du Hirak, se sont retrouvés hier samedi, dès 10h30, à la maison de la presse « Tahar Djaout », intra-muros, pour apporter leur soutien à ce journaliste, mais aussi à un deuxième confrère, incarcéré lui aussi à El Harrach, Belkacem Djir, d’Echourouk. Ce dernier, au dossier équivoque, est incarcéré pour une affaire de droit commun. Les journalistes estiment, alors que l’instruction de son affaire est bouclée, qu’il doit être jugé rapidement et bénéficier, jusqu’à preuve du contraire, de la présomption d’innocence. A la justice de démontrer sa culpabilité. Intervenant sur la question de l’incarcération des deux journalistes, Mohamed Sidoumou, d’El Khabar, notera que « le journalisme n’est pas un crime et nous ne demandons pas à ce que ces deux journalistes soient au-dessus des lois, mais la libération immédiate de Merakchi et, rapidement, un jugement équitable de Belkacem Djir ». Ces deux journalistes ont entamé depuis jeudi dernier une grève de la faim pour protester contre les conditions de leur incarcération. Ils comptent ainsi alerter l’opinion nationale et sensibiliser les pouvoirs publics quant à l’urgence d’une solution rapide. Il ajoutera, « notre action est l’expression d’une solidarité agissante avec nos confrères dont l’incarcération traduit un profond malaise dans le rapport qu’entretient le pouvoir avec la presse. » Un autre confrère, Redouane Boussag, ancien présentateur-télé, notera « que ce qui arrive à nos deux confrères peut toucher chacun de nous. La prison est un calvaire insupportable, surtout qu’aujourd’hui ces deux journalistes se retrouvent pratiquement abandonnés à leur sort par leurs amis et leurs confrères… »
Autre intervention remarquée, celle de Hakim Addar, membre du RAJ, qui témoigne de l’état des deux confrères pour avoir été un « voisin » de cellule à El Harrach : « Sofiane Merakchi a été arrêté surtout pour sa couverture du Hirak depuis le 22 février. Je témoigne que ce journaliste a été solidaire des détenus d’opinion et autres à El Harrach, et surtout qu’il est, humainement, très proche de son confrère Djir, même s’ils n’ont pas été emprisonnés pour les mêmes motifs. » Il ajoutera : « A mon avis, le Hirak devrait interagir avec ces deux détentions : exiger la liberté immédiate pour Merakchi et un jugement équitable pour Djir ». Des activistes du Hirak, présents à ce rassemblement, apporteront leur soutien à la cause des journalistes et leur engagement pour l’avènement d’une presse libre.
Pour sa part, Khaled Drareni, journaliste et porte-parole des JAU, rappellera « qu’à l’origine, le collectif des journalistes algériens unis a été créé justement parce que Sofiane Merakchi a été arrêté, lui et deux autres confrères, libérés depuis. L’incarcération d’un journaliste est pour nous une idée insupportable… Tant qu’il y aura un seul journaliste en prison, nous sommes tous en prison ! » Mais la prison peut ressembler à un calvaire aussi.
Comme celui que subit Mustapha Bendjama, sous le coup d’une ISTN et d’une interdiction de participer aux marches et rassemblements. Lors de son procès, le 19 janvier dernier, le procureur avait requis six mois de prison ferme et une amende de 100 000 DA. Son verdict est attendu aujourd’hui. Ce samedi, la Maison de la Presse ressemblait à une nef spectrale aux voilures sans vent. Et des rédactions aux allures de coursives, parvenaient les atermoiements et le silence assourdissant de la corporation des journalistes…