Suite à l’énorme coupe budgétaire que vient de subir le Théâtre régional de Béjaïa Abdelmalek-Bouguermouh, budget de fonctionnement réduit à moins de 58% des précédentes années,

l’ensemble de ses travailleurs, techniciens, comédiens et agents d’administration, ont tenu un sit-in, hier à Béjaïa, pour exprimer leur mécontentement et leur inquiétude face à un avenir désormais incertain.
En effet, en plus des dettes estimées à 2,8 milliards de centimes, le Théâtre régional de Béjaïa a reçu un coup de massue avec cette coupe budgétaire, car il est, aujourd’hui, incapable d’assurer les salaires de l’ensemble de ses employés. « Aujourd’hui, ce ne sont pas que nos salaires qui sont menacés, mais aussi l’avenir de 25 pères de famille contractuels qui risquent de se retrouver au chômage d’ici le 31 janvier si leurs contrats ne sont pas renouvelés », nous a déclaré Farouk Mebarki, président du Syndicat des travailleurs du TRB. « Nous avons été abandonnés par la tutelle. Nous avons contacté l’ensemble des instances concernées mais personne n’a daigné nous répondre », a-t-il ajouté. Mebarki nous a aussi fait part de la volonté des travailleurs de reprendre la voie de la protestation en indiquant qu’« il s’agit aujourd’hui de notre second sit-in, le premier a eu lieu le 10 janvier dernier et nous comptons bien poursuivre la protestation et aller crescendo ». En plus des travailleurs du TRB, un grand nombre d’artistes venus de différentes régions du pays sont venus exprimer leur solidarité avec leurs confrères. Les passionnés de théâtre et les citoyens de Béjaïa étaient également au rendez-vous. Par ailleurs, austérité oblige, le budget de fonctionnement du Théâtre national algérien a aussi été revu à la baisse, ce qui a créé des tensions au sein de l’établissement et les fonctionnaires sont d’ailleurs en phase d’entamer un mouvement de protestation.

Le quatrième art se tourne vers le privé
En réponse, Mohamed Yahiaoui, directeur du TNA, a indiqué depuis Oran, où il se trouve actuellement, que le ministère de tutelle est en train d’étudier un projet visant à réorganiser et gérer les théâtres régionaux, lesquels seront soumis à des cahiers des charges précis. Il a ajouté que la gestion des théâtres régionaux doit être élaborée selon une forme « unifiée », avec un cahier des charges comprenant les trois concernés, à savoir les ministères de la Culture, des Finances et les théâtres régionaux, indiquant que les textes portant sur l’organisation de la gestion de ces institutions ont été revus. S’agissant de l’aspect financier, il a appelé à aller vers d’autres formes de financement comme le mécénat (le sponsoring) en commun accord avec les hommes d’affaires.
Dans ce sillage, il a indiqué que « la crise financière et les restrictions budgétaires ne vont pas influer grandement sur les théâtres régionaux et que le sens donné à ce projet de réorganisation est la répartition des ressources financières car l’Etat n’a nullement l’intention de se départir de son rôle de soutien au théâtre, considérant que celui-ci est un service public et qu’il n’est en aucun cas possible de le mettre dans le chapitre industriel et commercial ». Pour le cas du TNA, dont le budget de fonctionnement ne pourra plus financer les productions théâtrales, Yahiaoui a avoué avoir eu des échos favorables de la part de certains investisseurs pour le financement de ces œuvres.