Par NAZIM B.
La traditionnelle halte qu’observent le 3 mai, chaque année, les professionnels des médias à l’occasion de la Journée internationale de la presse portera cette année un nom, celui de Rabah Karèche, journaliste et correspondant du quotidien Liberté à Tamanrasset, en prison depuis deux semaines.
Un sit-in de solidarité au journaliste aura lieu aujourd’hui à la place dite de la Liberté de la presse à Alger, une action qui sera suivie par une conférence de presse du collectif des avocats du journaliste détenu. Le collectif reviendra sans doute sur les péripéties de cette incarcération, dont la dernière étape est le maintien en prison du journaliste suite à la décision, le 27 avril dernier, de la chambre d’accusation près de la Cour de Tamanrasset.
Rabah Karèche est accusé de « gestion d’un compte Facebook pour publication d’informations ayant pour but racisme et haine dans la société», de «publication et diffusion au public de fausses informations pouvant porter atteinte à la sécurité et à l’ordre public» et de «travailler avec n’importe quel moyen pour atteinte à l’unité nationale en dehors des articles 77 et 78 du code pénal».
Ces chefs d’inculpation sont considérés «infondés» selon un des avocats du collectif, Maître Amirouche Bakouri, qui dit les rejeter «catégoriquement».
Pour ses proches et l’ensemble des professionnels de la presse, Rabah Karèche «n’a fait qu’accomplir son métier», faisant remarquer que son interpellation est intervenue suite à la parution sur Liberté d’un article qui faisait état d’une manifestation organisée par des citoyens contre le nouveau découpage administratif avec la création de nouvelles wilayas dans le Grand-Sud algérien.
Une semaine après son arrestation et à l’appel du collectif de solidarité avec le journaliste, un rassemblement de solidarité des professionnels, rejoints par des acteurs politiques et des avocats, a été organisé devant le siège de Liberté. «La presse n’est ni un crime ni un délit», «Libérez Rabah Karèche», «Halte à la persécution de la presse», «Libérez la presse», étaient, entre autres, les slogans qu’on pouvait lire sur les pancartes brandies par les protestataires.
Auparavant, c’est le journal Liberté qui a rendu public un communiqué dans lequel sont battues en brèche les accusations pour lesquelles est poursuivi le journaliste. «Officiellement, il est reproché à notre journaliste la création d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société», la «diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public» et «l’usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et l’unité nationale», avait indiqué le journal. Mais, pour Liberté, «il va de soi que ce ne sont là que des accusations fallacieuses qui cachent mal une volonté de faire taire le journaliste et l’empêcher d’accomplir en toute objectivité son travail, comme l’attestent ses nombreuses convocations, ces derniers mois par les services de sécurité».