Par Hamid Bellagha

Le Conseil des ministres de ce dimanche n’a pas dérogé à la présentation de projets avec effets d’annonce garantis. Ce même Conseil n’a pas enfreint une autre règle, celle qui fixe l’échéance de l’application des propositions «dans les plus brefs délais». C’est dire que l’éventail de la remise des copies reste aussi ouvert que la date retour d’un harrag. Faire des propositions, c’est bien, mais les appliquer, les réaliser, c’est nettement mieux.
Avec le fameux «dans les plus brefs délais », la porte reste ouverte à tous les vents de la déliquescence, de l’attentisme et de l’opportunisme. Car avec un open, les dates ne sont plus qu’un vague indice auquel on ne peut rien rattacher. Les responsabilités sont diluées et les implications floues et diffuses. Là ou l’imputation n’est pas claire, il ne saurait y avoir une responsabilité fixée et, bien sûr, tout part en vrille. Comme la nature a horreur du vide, très vite tout est comblé par la finasserie et le cancer qui ronge toute notre société, la corruption.
Cette dernière, combattue sur papier à l’ère Bouteflika, a débouché sur son institution. Des lois non écrites ont remplacé les articles de la Constitution et sa majesté Dinar s’est ordonnée commandeur d’une république pourrie. Aujourd’hui, la corruption revient au-devant de la scène du Conseil des ministres pour être honnie et vilipendée, avec la promesse de son éradication prochaine. La conjugaison du verbe manger à tous les temps n’aura plus sa place dans le Bescherelle de l’éthique grâce, nous dit-on, à la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption. Un programme très ambitieux qui se veut moralisateur d’une société où la déchéance a atteint des niveaux record.
Viciées à l’extrême, les institutions de l’Etat, mais pas seulement, ont cédé à l’appel des sirènes de la décadence et de la décrépitude. Graisser la patte est devenu synonyme de générosité et d’altruisme. La corruption est mutée en passage obligé pour tous les investisseurs quelle que soit leur moralité. La combattre est non seulement une question d’honneur pour l’Etat mais aussi une nécessité pour séparer le bon grain de l’ivraie. Ce n’est pas une commission ou une haute autorité seules qui arriveront à endiguer ce fléau planétaire.
Mais, néanmoins, un autre premier pas a été franchi par le Conseil des ministres qui a osé nommer les choses par leur nom, comme l’enrichissement illicite et la loi des marchés caducs, des débouchés naturels de la corruption.
Les recommandations ont été nettes et précises et, vivement leur application immédiate. Surtout pas sine die, mais « dans les plus brefs délais» !