En se rendant hier à la foire de la production nationale, visite durant laquelle il a exprimé l’ambition de voir le pays s’industrialiser rapidement, le chef de l’Etat a fait au stand de Sonatrach une déclaration qui devrait relancer le débat sur les capacités extractives du pays en gaz. Il a dit souhaiter que le groupe pétro-gazier parvienne à exporter 100 milliards de m3 de ce produit hydrocarbure en 2023. Simple aspiration présidentielle ou pression sur ses dirigeants pour de meilleures performances ?

PAR NAZIM BRAHIMI
Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune a procédé, hier, à l’inauguration de la 30e édition de la Foire de la production algérienne au cours de laquelle il a lancé des messages inscrits globalement dans la finalité de protéger le produit local et son exportation notamment vers le continent africain. C’était aussi l’occasion pour le chef de l’Etat d’afficher les ambitions du pays en ce qui concerne la production nationale en gaz en misant sur un surcroît de production qui augmenterait le volume de l’exportation en la matière. Faisant une halte au niveau du stand de Sonatrach, M. Tebboune a déclaré que l’Algérie produit 102 milliards de m3 de gaz naturel dont la moitié est consommée localement, et l’autre est destinée à l’exportation.
Il a fait ensuite part de son souhait de voir la production nationale de gaz augmenter afin de réserver 100 milliards de m3 à l’exportation dans un contexte marqué par la forte demande, par les pays de l’Europe, du gaz algérien, un scénario entraîné par la guerre en Ukraine, qui a poussé les Etats de l’UE à chercher un autre pourvoyeur en gaz autre que la Russie.
Il s’agit donc pour l’Algérie de réussir un double défi à travers l’augmentation de la production nationale en gaz.
D’abord, répondre à une consommation nationale en hausse. Ensuite, être au rendez-vous des engagements pris à l’international avec les partenaires étrangers, notamment l’Italie. Ce dernier est le premier pays à demander une hausse des livraisons de gaz algérien dont il est l’un des plus importants acheteurs. Alger et Rome ont conclu à un approvisionnement de 9 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz d’Algérie entre 2023-2024. La France compte également plus sur le gaz algérien et les discussions entre Sonatrach et Engie ont été entamées lors de la visite du président français Emmanuel Macron en Algérie fin août dernier. Un contrat d’approvisionnement de 300 000 m3 a été également récemment conclu avec la Slovénie.
Les livraisons du gaz algérien s’étaleront sur une période de trois années, à partir de 2023, à travers le gazoduc Transmed – Enrico Mattei, reliant l’Algérie à l’Italie, qui avait déjà servi au même type de transactions algero-slovènes pendant deux décennies, entre 1992 et 2012.

Protéger le produit national !
Par ailleurs, et à l’adresse des opérateurs nationaux dans diverses activités, le Président Tebboune a souligné que l’Etat est «déterminé» à protéger le produit national et à accorder «toutes les facilitations nécessaires» pour accéder au marché africain, tout en luttant «contre la spéculation sous toutes ses formes». La protection du produit national «doit être accompagnée par une qualité qui puisse répondre au goût du consommateur algérien et garantir au moins entre 55 et 75% des besoins du marché national, en sus d’accéder au marché africain».
«Nos opérateurs économiques peuvent demander des surfaces allant jusqu’à 5 000 m2 pour exposer et commercialiser le produit national en Mauritanie, au Niger et au Sénégal», a poursuivi M. Tebboune, relevant que «les facilitations pour ce faire sont disponibles».
«Nous pouvons aussi accéder au marché de l’Union européenne pour les équipements électroménagers, réputés pour leur excellente qualité», a-t-il dit.
Le président de la République a appelé, par ailleurs, les opérateurs économiques à signaler «toutes tentatives de porter atteinte illégalement à leurs entreprises», indiquant que «l’ère du montage en Algérie est révolue» et qu’il était temps pour le pays de «devenir un pays industrialisé, slogan de l’année 2022».
Sur un ton de mise en garde, le chef de l’Etat a déclaré qu’«il n’y aura aucune tolérance envers ceux qui tentent de contourner les services de l’Etat à cet égard», soulignant que l’Etat soutiendra tous les opérateurs qui contribueront à l’économie nationale et à l’augmentation des recettes du Trésor public, pour pouvoir réaliser au moins plus de 15 milliards USD d’exportations hors hydrocarbures.

L’ère du montage en Algérie est révolue
Au niveau du pavillon des industries militaires de l’Armée nationale populaire (ANP), dont les entreprises prennent part à cette manifestation pour la sixième fois consécutive, le président Tebboune a mis en avant la nécessité d’augmenter le taux d’intégration nationale et de créer «une véritable industrie mécanique». M. Tebboune a considéré qu’il «ne faut plus se contenter du montage», insistant sur la nécessité de «se diriger vers l’industrialisation», relevant l’importance d’atteindre un taux d’intégration entre 40 et 50%. En ce qui concerne l’industrie d’huile de table, le Président Tebboune a insisté sur la réduction de la dépendance de l’Algérie et de parvenir à une production «du champ au consommateur». «Nous aspirons à parvenir entre avril et mai prochains à asseoir une véritable industrie de l’huile de table, du champ au consommateur, en vue de mettre un terme à l’importation des huiles brutes pour les raffiner et à notre dépendance au marché international», a-t-il dit au stand du Conseil du renouveau économique algérien (CREA). Concernant le sucre, le président de la République a invité les investisseurs à se diriger vers la production de cette matière en Algérie, en les encourageant «à exporter en toute liberté dans une phase ultérieure», d’autant plus que “le sucre est très demandé sur le marché africain”, a-t-il fait remarquer. Au niveau du stand des industries électroménagers, M. Tebboune a appelé à la réduction de l’importation d’appareils électroménagers et à l’intensification de l’investissement local dans ce domaine. Il a réitéré, à cette occasion, la disponibilité de l’Etat à poursuivre l’accompagnement et le soutien aux investisseurs pour leur permettre d’atteindre un taux d’intégration acceptable et de contribuer à la création de davantage de postes d’emploi. <