La violence contre les femmes existe et s’amplifie. C’est l’une des principales préoccupations des juristes qui plaident indéfectiblement pour l’élimination de toutes formes de discrimination et d’agression contre les femmes.
Les militants pour les droits de la femme espèrent faire reculer les violences perpétrées contre les femmes en mettant en exergue la nécessité de faire respecter leurs droits fondamentaux, de légiférer et d’introduire des amendements censés protéger la femme. «Depuis 2015, date où l’Algérie a promulgué des amendements du code pénal qui ont reconnu en particulier les violences faites aux femmes dans les foyers, c’est la stagnation», clame Me Hamache, avocate et membre du réseau Wassila, qui lutte pour les droits de la femme et de l’enfant. Pour elle, le «code de la famille n’a fait l’objet d’aucune modification ou amendement susceptibles d’améliorer les droits des femmes en dépit d’une clause limitant ses effets», indique encore l’avocate.
Il s’agit de la «clause du pardon», introduite dans toutes les lois et permettant d’arrêter une action publique si une femme violentée décide de pardonner son agresseur. «La clause du pardon permet à l’auteur de la violence d’échapper à la justice, de récidiver et de commettre un crime», rappelle Sihem Hamache. «Il faut prévenir et protéger, venir en aide aux victimes et veiller à ce qu’elles soient protégées à l’avenir», plaidant ainsi pour la répression «pénale» de la violence contre les femmes, «l’arrestation des agresseurs et d’assurer la continuité de l’action publique».
La militante, qui n’omet pas de rappeler que la violence n’est pas propre à notre société, regrette que cette dernière lui «trouve des justificatifs fondés sur les us et coutumes, les mœurs, la dominance et aussi le religieux». «Nous sommes dans une société patriarcale qui ne condamne pas la violence faite aux femmes. Un phénomène fondé sur la discrimination à l’égard des femmes», dénonce l’avocate. Conséquences; «outre les agressions physiques et verbales, nous recensons des cas de crime et de meurtre». Une situation, à ses yeux, qui «nous oblige à nous battre pour instaurer sur le terrain l’égalité qui est un principe constitutionnel et parvenir à mettre réellement la femme en égalité avec l’homme».
Sur un autre volet, elle pointe d’un doigt accusateur le faible accompagnement des autorités publiques dans la prise en charge des femmes victimes de violences, «ce qui est susceptible de les rendre encore plus vulnérables à la violence». Elle indique par ailleurs que la «dépendance financière empêche les femmes de se prendre en charge et de se libérer. Nous avons 73% de femmes qui sont sans emploi et ne peuvent se prendre en charge financièrement. Une femme au foyer, victime de violence ne pourra pas entre autres prendre un avocat, payer les charges d’un huissier et ses déplacements, ce qui la contraint à ne pas condamner son agresseur», dit-elle.
Certes les lois sont nécessaires, mais il n’y aura pas de vrais progrès sans une évolution des mentalités et des habitudes sociales et sans une prise de conscience des droits des femmes et de la violence qu’elles subissent, conclut Me Hamache.