Il y a treize ans, Ahmed Ouyahia, déjà Premier ministre, signait un décret pour la création de l’Agence nationale de promotion et de développement des parcs technologiques (ANPT).

Depuis cette date, six parcs technologiques ont été créés, dont le cyberparc de Sidi Abdellah, destiné à devenir un incubateur de start-up et de plateforme de lancement de projets liés aux nouvelles technologies dans le secteur des TICS. Plus d’une décennie après, que se passe-t-il à Sidi Abdellah en particulier ?

Ce cyberparc, expérience unique en Algérie, devant permettre la création d’un pôle d’excellence dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication au cœur d’un nouveau site urbain de 200 00 habitants, est d’abord un site encore en projet d’émergence.
Il est donc certainement trop tôt pour exprimer un avis définitif, notamment par rapport à l’objectif de ses concepteurs, l’Etat en l’occurrence, à travers le ministère de la Poste et TICS, dont le but est d’en faire un « territoire économiquement pertinent » engendrant un « impact économique et social » sur l’ensemble de la région où il est situé. Un site pourvoyeur d’emplois dans de nouveaux domaines susceptibles d’aider l’Algérie à réaliser son grand rêve de diversification de son outil industriel et se départir de sa dépendance aux hydrocarbures.
Et pourtant ! Treize ans après la pose de la première pierre du cyberparc, le 30 mars 2004, la situation dans laquelle se trouve ce site ne prête pas à l’optimisme, loin s’en faut. Et Sidi Abdellah est davantage réputé, aujourd’hui, pour être un interminable ensemble immobilier – qui manque encore cruellement des services de base – qu’un ensemble technopolitain.
Une étude réalisée sous l’égide du Centre de recherche en étude appliquée pour le développement (Cread) juge même « décevants » les résultats engendrés par le cyberparc. Cette étude, réalisée sous la coordination du professeur Abdelkader Djeflat, de l’université des sciences et technologies de Lille, en collaboration avec les chercheurs Aziz Nafa du Cread et Mohand Chiti de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, a été publiée tout récemment par les soins du Cread dans un livre intitulé « Stratégies d’acteurs dans le développement économique des territoires, le cas des pôles émergents dans le secteur des TIC ».
Ce livre, qu’il faut absolument lire pour sa teneur scientifique et son projet éditorial, destiné à comparer l’expérience algérienne par rapport à d’autres expériences au Maghreb, ainsi que dans le monde, consacre un chapitre au cyberparc de Sidi Abdellah. A l’image du livre entier, cette partie se présente comme une contribution académique « froide » de présentation et d’analyse de l’évolution du site depuis sa création en tant qu’« espace propice à la création et l’épanouissement des entreprises », ainsi qu’à « l’éclosion de start-up » et « l’attrait des multinationales » et, last but not the least, « la création de nouveaux métiers et emplois ».
C’est en grande partie le discours des chercheurs accompagnant cette étude – sollicités par Reporters – qui fait ressortir le « gap » énorme entre les objectifs assignés au cyberparc et la réalité actuelle. A ce discours, il faut, bien entendu, ajouter le constat établi par tous, selon lequel les IDE attendus à Sidi Abdellah ne sont pas venus. Des négociations, datant du milieu des années 2000 et devant permettre au géant IBM d’installer une structure, n’ont pas abouti. Aucune enseigne étrangère sous-traitante ou activant en partenariat avec des opérateurs nationaux n’est visible, par ailleurs.

Tendance à la fuite
Pis encore, 50 % des opérateurs installés à Sidi Abdellah souhaitent délocaliser leurs activités vers d’autres territoires », lit-on en conclusion de l’ouvrage édité par le Cread, « Stratégies d’acteurs dans le développement économique des territoires, le cas des pôles émergents dans le secteur des TIC ». Les opérateurs interrogés justifient en tout cas leur souhait de quitter la technopole pour diverses raisons. Il s’agit entre autres de la « dégradation du milieu local, la volonté d’avoir son propre site pour réduire les frais de location et le manque de services annexes dans la zone ». Ils considèrent que « toutes les modalités favorisant l’épanouissement de leurs entreprises ne sont pas présentes ».
De ce point de vue, un objectif important, assigné au site, a déjà été raté, réunir dans un espace de proximité des opérateurs du même domaine pour qu’ils se constituent en réseau. L’étude du Cread rappelle à ce titre – en guise de signe d’échec – que ¾ des sites algériens opérationnels sont hébergés à l’étranger. Ses auteurs renvoient cette défaillance aux « critères de sélection suivis pour désigner les entreprises qui en s’y installant, à une stratégie de communication défaillante qui n’a pas mis en avant l’opportunité du pôle, ou au manque flagrant d’infrastructures de base dans le cyberparc». Sur place, on en est encore à se plaindre d’un « débit de connexion escargotique » et d’un « réseau internet chancelant ». Certains parlent même d’un « cimetière numérique avant l’heure ».
L’élément intéressant à inscrire dans le débat sur le cyberparc de Sidi Abdellah, l’étude du Cread souligne que « 18,8% des entreprises de Sidi Abdallah sont issues de la restructuration d’entreprises existantes et 12,5% ont délocalisé vers Sidi Abdallah, tandis que 62,5% » ont été créées in-situ. Autre élément tout aussi important à discuter : le Cread a, dans son étude, établi une sorte d’analogie entre le technopole de Sidi Abdallah, créé ex nihilo, de manière « volontariste » par l’Etat, jusqu’à le détourner de sa vocation agricole initiale, avec deux autres territoires nettement plus performants et prometteurs par le nombre de projets qu’ils portent et réalisent, Bordj Bou-Arréridj et Sétif. Contrairement au cyberparc de Sidi Abdallah, « ceux de Bordj et de Sétif se sont développés naturellement par l’existence historique sur leurs territoires de porteurs de projets d’investissement ». L’investissement dans ces deux territoires technopolitains a été motivé par l’historicité du secteur et du marché des TIC dans ces régions. A Bordj Bou-Arréridj, il est motivé par l’existence d’un marché dans la région, suivie par l’accès aux technologies et par l’existence de partenaires commerciaux, distributeurs spéciaux dans le cas de Sétif.