L’Etat veut relancer le complexe El Hadjar. Pour ce faire, le gouvernement vient de donner son accord pour une alliance entre le complexe Sider d’El Hadjar et le groupe Emarat Dzayer. Il s’agit d’un partenariat conclu conformément à la règle du 51/49, avec à la clé 160 milliards de dinars d’investissement dans de nouvelles productions sidérurgiques sur le site d’El Hadjar.

Dans un communiqué mis en ligne hier sur le site Web du Premier ministère, il est souligné que le Conseil des participations de l’Etat (CPE) a adopté des décisions pour la relance du Complexe sidérurgique Sider d’El Hadjar. Dans ce nouveau schéma de relance, il est question de réorganiser le site, de rééchelonner sa dette à long terme, qui s’élève à plus de 122 milliards de dinars, de financer sa modernisation en mettant sur la table quelque 23 milliards de dinars. Le complexe sera doté de capacités autonomes en matière d’alimentation en énergie électrique et en eau retraitée. Encore une fois, l’Etat vole au secours d’un complexe aux multiples considérations d’ordre stratégique et financier. Il le fait pour la énième fois. Mais, il se peut que ce soit la dernière chance de rectifier une erreur qui s’est produite dans un partenariat remontant à plus de seize ans, signé avec ArcelorMittal. En effet, après avoir racheté, en 2001, 70% du complexe sidérurgique d’El Hadjar, Arcelor, l’on s’en souvient, a vu ses parts dans l’usine diminuer à 49%, en 2013, après la reprise par l’Etat algérien du contrôle de ce complexe. En 2012, ArcelorMittal Algérie (AMA) avait failli mettre la clé sous le paillasson, n’eut été l’intervention de l’Etat pour atténuer l’impact de la crise qui le secouait. Pourtant, à un moment donné, ArcelorMittal était au mieux de sa forme, mais disposant d’un capital qu’il n’a pas su (en fait voulu) mettre au service du développement futur du complexe El Hadjar. Arcelor semblait avoir d’autres ambitions, beaucoup plus importantes que d’injecter de l’argent dans un complexe à problèmes. Du reste, des rumeurs s’étaient répandues, il y a trois ans, faisant état que Lakshmi Mittal, le patron de la multinationale, visait l’exploitation du grand gisement de fer de Gara-Djebilet, pour en faire un deuxième El-Hadjar. Et qu’il aurait commencé à en discuter avec l’Etat algérien.

Des licences de fabrication de tabac pour UTC
L’Algérie a toujours estimé que le projet de Gara-Djebilet est important et nécessite une approche pérenne pour le développer. Un groupement public a été créé, il y a quelques mois, pour s’en charger. Les réserves exploitables de Gara-Djebilet sont de l’ordre de 1,7 milliard de tonnes à 57% de fer. En définitive, El Hadjar, Arcelor s’en est débarrassé dans ce contexte-là en laissant l’Etat faire ce qu’il sait faire le mieux, c’est-à-dire injecter de l’argent frais pour relancer la sidérurgie sur un site vieux de plus de quarante ans. Mais, avait-il les moyens de faire reprendre au complexe toutes ses activités ? Il faut dire que le tout-étatique, décidé pour « repêcher » une industrie lourde, tombait et tombe encore au mauvais moment, l’Etat n’ayant pas actuellement les ressources nécessaires pour une cure de remise en forme de la grosse machine d’El Hadjar. L’Etat croyait- et croit toujours- que c’était ce qu’il fallait faire, soutenir l’usine et préserver l’emploi ; la fermeture d’El Hadjar n’étant pas une mesure de bon sens. Il semblait avoir l’ambition de donner du sang neuf au fleuron et de faire table rase de l’époque Lakshmi. Et cela n’aura pas changé. En dehors des murs d’El Hadjar, il y a également du partenariat. Et le communiqué cité plus haut en fait mention. Le Conseil de participations de l’Etat (CPE) a donné son accord pour l’élargissement du partenariat industriel entre le Groupe Madar (ex-SNTA) et l’entreprise mixte United Tobacco Company (UTC). Il s’agit de la location des installations et des licences de l’ex-SNTA à l’UTC contre paiement de 3,5 milliards de dinars par an, avec la modernisation des installations et méthodes de la société publique. Il est à préciser que la société UTC est une entreprise mixte algéro-émiratie avec 51% d’actions algériennes et 49% d’actions émiraties. Le communiqué du Premier ministère insiste d’ailleurs pour dire qu’il s’agit de location et non pas la cession comme avancé par certaines sources, a-t-il tenu à rappeler.
Il y a lieu de rappeler que l’ex-SNTA avait été restructurée, en 2017, en groupe et a pris la dénomination de Madar Holding lequel détient aussi des participations dans des sociétés telles que la Société des tabacs algéro-émiratie (STAEM), la société mixte algéro-turque de textile Tayal et la Société d’investissement hôtelière (SIH). Par ailleurs, le Conseil national de l’investissement (CNI) a validé, lui, un partenariat agricole dans la wilaya d’El Oued. Ce partenariat associe un opérateur algérien et un opérateur tunisien, sur la base de la règle 51/49%. Cet investissement, qui sera réalisé dans la commune de Djamaâ (wilaya d’El Oued), consommera un montant de 9 milliards de dinars et introduira des méthodes modernes dans la production de maraîchage.