L’histoire de mon ami Anwar est simple, honnête et en même temps très riche. Son parcours retrace l’histoire de l’Afghanistan sur ces 40 dernières années à travers le regard d’un jeune orphelin innocent. L’histoire d’un enfant pris dans une guerre qui n’était pas la sienne. C’est exactement ce que je ressens aujourd’hui en tant que personne vivant en Afghanistan. Anwar raconte une période de sa vie dans l’orphelinat qui a durée 8 ans. Dans les nombreuses pages qu’il a écrites et que je relis encore et encore, il y a beaucoup de personnages, d’évènements, de lieux ou de noms qui n’ont de sens que pour un public afghan. J’ai beaucoup lutté avec moi-même pour trouver le bon équilibre entre ce qui s’est passé et ce qu’il devait se passer dans le film. Je voulais rendre le film plus accessible pour le public international, mais sans oublier une seconde le public afghan. J’ai raccourci la période historique, même si le film commence en 1989 et se termine avec la prise de Kaboul par les Moudjahidines en 1992, j’en ai fait une période fictionnelle. Les personnages ne grandissent pas mais l’on ressent quand même le passage du temps. J’ai aussi réduit le nombre de personnages en mélangeant parfois plusieurs histoires et témoignages. Et j’ai ajouté les musiques de films Bollywoodiens mais dans la réalité, Anwar était aussi fan de Bollywood et vendait des billets de cinéma au marché noir.

Bollywood
Bollywood a une influence cinématographique très importante dans cette partie du monde et, bien entendu, l’amitié entre l’Afghanistan et l’Inde l’a encore renforcée. Presque tous les Afghans savent parler Urdu parce que à force de regarder ces films indiens. Les années 80 étaient l’âge d’or de ce cinéma grâce aussi aux nombreuses salles de Kaboul et au climat de paix qui régnait au moins dans la capitale.
Aujourd’hui, en Afghanistan, de nombreux « films de série Z» sont produits, influencés par les films de Bollywood. Donc, l’idée n’était pas très loin de moi. De plus, le fait que dans la réalité Anwar ait vendu des billets de cinéma au marché noir et qu’il était un grand fan de Bollywood m’a permis de mieux intégrer cette idée dans le film.

L’orphelinat
L’orphelinat est l’un des rares endroits du pays où, quelle que soit leur religion ou leur appartenance ethnique, tous vivent ensemble. C’est vraiment ce que j’ai voulu montrer et surtout par cette époque, lorsque, au début des années 90, la guerre civile ethnique a éclaté à Kaboul et que beaucoup se sont entretués uniquement parce qu’ils n’appartenaient pas à la même ethnie. n