Le Hirak fête aujourd’hui ses deux ans de mobilisation. Depuis le 22 février 2019, le mouvement populaire s’est imposé comme un acteur incontournable de la scène politique. Ses balbutiements remontent cependant aux premières mobilisations (Kherata, Khenchela, Bordj Bou Arréridj) contre la reconduction de l’ancien président. S’en est suivi alors une mobilisation d’une forte amplitude à travers laquelle s’est exprimée une forte demande de changement. Deux ans plus tard, les acquis et les attentes sont diversement appréciés.

Le mouvement populaire, appelé communément Hirak, a deux ans. Bien que les premiers soubresauts de la contestation contre le projet d’un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika ont été enregistrés une semaine auparavant, notamment à Kherata, Khenchela, Bordj Bou-Arréridj, la grande mobilisation a pris forme le 22 février 2019 quand le pays a connu une multitude de marches décriant l’option de la reconduction de l’ancien président et réclamant un changement de régime politique.
Et ce n’est pas l’abandon de la présidence à vie pour Bouteflika, poussé à la porte de sortie officielle le 2 avril, qui fera reculer le mouvement qui gagnera en intensité et en capacités de mobilisation à mesure que les semaines passent, imposant dès lors une ambiance jamais vécue par le pays depuis son indépendance.
Le pays s’inscrit alors dans un cycle de contestations permanentes à un rythme hebdomadaire, chaque vendredi, avant que les étudiants n’instaurent leur mobilisation chaque mardi pour dire qu’ils sont partie prenante de la contestation. Après quelques semaines marquées par un déroulement des marches dans la sérénité et la bonne humeur, un cycle d’interdictions-répressions s’est abattu sur les manifestants empêchés de rejoindre la capitale alors que certains militants politiques et acteurs associatifs ont été carrément mis en détention préventive.
Un dossier qui vient juste de connaître une évolution significative avec la grâce présidentielle décidée jeudi dernier par M. Tebboune au profit des détenus d’opinion dans une offre d’apaisement saluée par l’ensemble des courants politiques. Cet élargissement intervient à la veille des deux années de mouvement populaire dont la célébration est accompagnée par les appels à une reprise des manifestations suspendues depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19.
Plus que la divergence d’avis sur cette option de reprendre ou pas l’expression populaire, les courants politiques en présence n’appréhendent pas le mouvement de la même manière notamment en ce qui concerne la réalisation de ses objectifs. A titre d’exemple, le PT de Louisa Hanoune crie sur tous les toits que «la révolution du 22 février 2019 n’a pas encore réalisé ses objectifs», estimant que «la victoire du peuple a été confisquée par un coup de force au compte du système pour le sauver». Le PT considère dans sa dernière déclaration à la veille de l’An I du mouvement que «le départ du système hérité du modèle de parti unique est la condition pour l’avènement de la démocratie véritable, matérialisée dans l’exercice par le peuple de sa pleine souveraineté à travers une assemblée constituante nationale définissant la forme et le contenu politique, économique, social et culturel, des institutions dont il a besoin pour satisfaire toutes ses aspirations».
Jil Jadid soutient, pour sa part, une autre approche. «L’Algérie se met maintenant dans des dispositions pour construire quelque chose de nouveau, un régime politique, qu’on espère être complètement nouveau. Je rappelle notre approche politique des événements depuis le Hirak. Le régime politique, tel qu’il a fonctionné depuis plusieurs décades, s’est effondré, à travers les hommes, dont l’ancien Président Bouteflika et les chefs de gouvernement successifs sont en jugement. Plusieurs responsables sont en prison. En somme, plusieurs hauts responsables qui incarnaient la politique de l’ancien régime sont au box des accusés», explique son président. Soufiane Djilali estime, à ce propos, que «le Hirak doit se déplacer dans les institutions en apportant sa dynamique, son souffle nouveau, mais aussi en donnant de nouveaux acteurs politiques».
En tout état de cause, l’ampleur du mouvement et les revendications qu’il avait posées depuis son avènement n’ont pas cessé de provoquer un débat sur la situation et l’avenir de l’Algérie, sur l’exercice du pouvoir ainsi que sur la représentation politique et sociale de la société et bien d’autres questionnements.
Le président Tebboune a déclaré, dans son discours à la nation du 18 février, que dans la nouvelle Constitution sont introduites «toutes les revendications du Hirak populaire béni en matière de libertés individuelles et collectives, et donné la parole à la société civile pour qu’elle soit efficace».
«Nous continuerons dans ce sens pour faire entendre la voix de la société civile de manière à ce qu’elle devienne une partie de l’Etat», a-t-il affirmé, rappelant, dans ce contexte, que la société civile était «marginalisée lors des années précédentes et appelée à faire preuve d’allégeance uniquement».