L’image retenue de la situation de la filiale de l’ENTMV est forte, mais non dénuée de réalité. L’entreprise qui emploie 1 340 marins et employés dans l’expectative connait une situation financière catastrophique. Son management espère un geste de l’Etat et le même feu vert obtenu par Air Algérie qui a repris ses vols.

Par Bouzid Chalabi
Alors que les frontières aériennes et maritimes du pays ont été fermées le 17 mars 2020 pour le même motif, à savoir la crise sanitaire mondiale, du côté d’Algérie Ferry, filiale de l’Entreprise nationale de transport maritime des voyageurs (ENTMV), on digère mal qu’Air Algérie ait été autorisée à reprendre ses vols internationaux, alors que la mesure demeure en vigueur en ce qui concerne l’ENTMV.
Pis encore, les salariés d’Algérie Ferries s’étonnent que la compagnie nationale aérienne ait bénéficié, ces derniers temps, d’une hausse de fréquence de ses vols vers l’étranger. Du coup, au sein de la filiale on se sent « injustement marginalisé ». Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux salariés décident d’organiser une journée de prestation. Laquelle s’est tenue ce 19 septembre devant le siège de l’ENTMV à Alger. A cette occasion, les protestataires ont formulé leurs doléances par lesquelles ils réclament la reprise d’activité de leur société et pas seulement le paiement de leurs salaires qui accusent un retard de 15 jours qu’« ils ne sauraient tolérer, compte tenu des frais d’achats des fournitures scolaires qui les attendent et surtout devant la flambée actuelle des prix de denrées alimentaires ». Toujours à propos de retard des salaires des employés, il convient de savoir qu’Algérie Ferries est entrée dans une crise sans précédent suite à la suspension de ses dessertes en mars 2020. Une mise à l’arrêt qui n’a pas empêché la filiale de continuer à verser régulièrement les salaires de ses 1 340 employés. Cependant, depuis le mois d’avril dernier Algérie Ferries n’est plus en mesure de le faire. Devant cette situation, l’ENTMV n’a pas trouvé d’autres alternatives que de solliciter la Banque extérieure d’Algérie (BEA) pour lui accorder un prêt d’un montant de 13 milliards de centimes afin d’assurer sa masse salariale.
Pour revenir au gel de l’activité de la filiale, certains employés, qui se sont prononcés sur les réseaux sociaux, se demandent « pourquoi Air Algérie a repris et pas Algérie Ferries ? Ces deux poids deux mesures n’ont pas lieu d’être dans la mesure où notre filiale a consacré beaucoup d’efforts afin d’élaborer un protocole sanitaire strict en collaboration avec le ministère de la Santé », lit-on sur les réseaux sociaux. Du côté du personnel navigant, on est plutôt stupéfait car, pour eux, « à quoi sert-il de se doter d’un nouveau navire de luxe (le Badji Mokhtar 3) alors que les traversées sont toujours suspendues ? Il faut savoir dans ce sens que, contrairement à Air Algérie, qui a pu reprendre le trafic domestique et organiser quelques opérations de rapatriement, Algérie Ferries ne peut organiser de telles dessertes car elles seraient très coûteuses et ne garantiraient pas de rentabilité pour la compagnie de transport maritime.
A propos de pertes financières subies par Algérie Ferries, il est utile de savoir enfin que la filiale n’a pas vendu de billet depuis 17 mois. Elle a été contrainte d’annuler 750 traversées et son déficit est estimé à 14 milliards de dinars algériens, soit 1 400 milliards de centimes. C’est pour dire qu’Algérie Ferries est au bord du gouffre et que seule une reprise rapide de ses activités pourrait sauver. n