Alors que ses recettes plongent sous l’effet de la baisse des prix du pétrole, la compagnie publique des hydrocarbures, Sonatrach, devrait finir l’année dans le rouge, si l’on se réfère aux prévisions chiffrées de l’actuel exercice, communiquées par son PDG, Toufik Hakkar.

Depuis le début de l’année, le cours du Brent était en chute libre avant qu’il ne prenne des couleurs, ces derniers jours, galvanisé par l’espoir d’un vaccin anti-Covid et d’une demande qui semble entrevoir le bout du tunnel. Cette courbe négative a considérablement impacté le groupe Sonatrach, le contraignant au régime sec, réduisant ainsi fortement sa voilure. Selon le patron de la compagnie, qui s’est exprimé sur la Chaîne Echourouk News, le choc pandémique a entraîné une baisse de 5 à 8 milliards de dollars des dépenses d’investissement du groupe Sonatrach cette année. La compagnie prévoyait initialement d’injecter plus de 59 milliards de dollars en dépenses d’investissement, dont 45,8 milliards de dollars dans l’exploration et la production, 8,6 milliards de dollars dans le raffinage et la pétrochimie et 2,3 milliards de dollars dans le transport par canalisation. Les propos de Toufik Hakkar indiquaient que le plan de charge de la compagnie ainsi que le budget qui lui était initialement destiné ont été fortement chamboulés par la pandémie de coronavirus. Le bilan de l’année 2020, qui commence à être dressé, fait référence à des pertes sèches en plusieurs milliards de dollars par rapport à 2019. Le patron de Sonatrach reconnaît que les recettes du groupe sont en chute libre cette année, attendues aux environs de 20 milliards de dollars, ce qui correspond à une chute de 40% par rapport à l’exercice 2019. Difficile de savoir dans ces conditions de trésorerie comment le prochain exercice se présentera.
Sonatrach fait face pourtant à des défis et non des moindres, se rapportant, entre autres, à l’impératif de faire repartir la croissance dans le secteur qui, rappelons-le, a chuté de -13,4% au 1er trimestre de l’année, ce qui exige des investissements assez conséquents pour y parvenir. Or, le choc pandémique qui secoue l’économie du pays depuis mars dernier, alors qu’elle était déjà en très mauvaise posture des suites de la baisse des prix du brut, a contraint Sonatrach à réduire sa voilure, entraînant une baisse de 5 à 8 milliards de dollars de ses investissements. Au tout début de la crise sanitaire, il était question de réduire de 50% le budget de la compagnie pour 2020. Cette baisse correspondait à l’ajournement des projets qui ne revêtent pas un caractère urgent. «Concernant le niveau des dépenses d’investissement et de recrutement pour cette année et face aux retombées de cette crise sur l’offre et la demande, nous sommes en passe de réduire toutes les dépenses qui n’impactent pas le niveau futur de la production, l’objectif étant de reporter certains projets et de réduire les charges d’emploi de près de 30%, à même d’atteindre l’objectif tracé, à savoir 7 milliards de dollars, soit l’équivalent de 50% du budget de Sonatrach pour cette année», a déclaré plus tôt cette année le PDG de Sonatrach. La décision de couper dans les dépenses de la compagnie fait suite aux mesures prises le 22 mars dernier en Conseil des ministres ; laquelle réunion avait exigé du groupe pétrolier de «réduire de 14 à 7 milliards de dollars les charges d’exploitation et les dépenses d’investissement afin de préserver les réserves de change». Le même Conseil des ministres a validé à la même occasion un plan de réduction de la facture des importations de 41 à 31 milliards de dollars. Sonatrach serait parvenue ainsi à être dans les clous du gouvernement, mais les conséquences sur la production et la croissance du secteur s’annoncent préjudiciables.