Lors d’un débat télévisé, lundi, 20 février, Mourad Preure, expert en énergie, a expliqué que l’Algérie reste un pays fiable en matière de livraisons gazières. L’Algérie, dit-il, a des capacités de production, des réserves gazières et dispose de gazoducs.

Tout cela lui permettra, selon lui, d’honorer ses engagements contractuels et de résister à la concurrence, notamment en Europe. Toutefois, recommande l’expert, Sonatrach ne doit pas dormir sur ses lauriers, mais s’adapter aux mutations que connaît aujourd’hui le marché international du gaz. Que doit faire la compagnie exactement pour opérer la résilience ? De son point de vue, la compagnie nationale doit se débrouiller sur le Vieux continent dans le but de s’y frayer une place dans l’aval. Et, de la sorte, explique-t-il, elle va « accueillir » le gaz qatari et russe et ne pas le subir. Dit autrement, Sonatrach doit se poser en acteur à part entière sur ce marché, monter des alliances avec d’autres partenaires, vendre et revendre du gaz. Et, de souligner plus loin : Engie, une société hexagonale, partenaire de Sonatrach, achète des volumes de gaz algérien, et en revend une partie à des Chinois. Pourquoi, la compagnie nationale ne ferait-elle pas de même ? s’est-il interrogé. En résumé, Mourad Preure estime que le système des contrats à long terme étant obsolète, Sonatrach doit se donner un objectif fondamental dans sa conquête de parts de marché, celui de ne pas être figé, et de pouvoir répondre de manière flexible aux évolutions du marché. Et, d’affirmer que malgré tout ce que l’on dit, Sonatrach n’a pas été éjecté du marché gazier européen. A priori, le raisonnement qui sous-tend son point de vue se tient. La preuve, les exportations algériennes de gaz devaient passer de 54 milliards de m³ en 2016 à 56 milliards de m³ cette année, soit une hausse de 5,5% par rapport à l’année dernière. Le pays table par ailleurs sur 17 milliards de m³ d’équivalent gazole pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) et 39 milliards de m³ pour le gaz naturel. Aujourd’hui, il tient le haut du pavé dans le panorama de fournisseurs de gaz de l’Espagne, une position qu’il ne veut pas perdre en 2017. L’Algérie a également vendu en 2016 de gros volumes à l’Italie et au Portugal. En termes chiffrés, le pays a fourni 20 milliards de m3 de gaz à l’Espagne, couvrant 55% des besoins ibériques. Il a couvert 16% de la demande italienne et 15% de la demande portugaise. L’Algérie, dont les exportations gazières représentent environ 30% des exportations d’hydrocarbures, occupe la première place dans l’exportation de gaz à l’échelle africaine. Ses exportations totales d’hydrocarbures constituent plus de 90% des exportations globales des pays maghrébins. Le pays s’attelle actuellement à optimiser ses réserves d’hydrocarbures et à déployer des moyens colossaux dans l’exploration afin de pouvoir se poser en acteur énergétique mondial d’ici 2020. L’année dernière, l’Union européenne et l’Algérie ont tenu un sommet où la partie européenne a exhorté Sonatrach à s’adapter à des marchés de l’énergie de plus en plus concurrentiels pour permettre à plus de gaz de circuler vers le Nord. De grosses compagnies internationales à l’exemple de Gazprom sont à l’origine de l’intensité de cette concurrence. Le géant gazier russe a battu en janvier dernier un nouveau record en exportant 636,4 millions de m3 de gaz hors espace postsoviétique. Au cours des onze premiers mois de 2016, les livraisons de gaz russe vers les pays hors espace postsoviétique ont dépassé les exportations pour l’ensemble de l’année 2015 de 2,2 milliards de m3 pour atteindre 161,6 milliards de m3. Selon le P-DG de Gazprom Alexeï Miller, les exportations de gaz devaient dépasser les 165 milliards de m3 en 2016.
La vague de froid qui a sévit en Europe aura été ainsi du pain béni pour Gazprom. Selon le groupe, trois pays européens n’ont cessé d’augmenter leurs achats de gaz russe entre le 1er et le 27 janvier dernier. Ainsi, la Hongrie a affiché une hausse d’importation de gaz russe de 11,2 % par rapport à la même période de 2016, la Serbie de 5,1 % et la Bulgarie de 15,9 %. Gazprom publie depuis juillet 2016 des rapports journaliers sur le volume de gaz exporté en Europe conformément au règlement de l’UE sur l’intégrité et la transparence du marché de l’énergie (REMIT).