Par Feriel Nourine
La décision prise par les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), concernant un recours à leurs réserves stratégiques, n’a pas eu l’impact rapide sur le marché du brut, tel qu’escompté par ces derniers.
Alors que cette démarche avait été annoncée jeudi par le Président américain, les prix ont clôturé la semaine avec un très léger recul, le Brent de la mer du Nord n’a perdu que 0,30%, terminant à 104, 39 dollars, alors que le WTI a, de son côté, lâché 1,00% à 99,27 dollars.
Face à des cours qui ne sont pas du goût des pays gros consommateurs, et à leur tête, les Etats-Unis, Joe Biden a annoncé que son pays allait renforcer les volumes qu’il puise dans les stocks, soit 180 millions de barils par jour pour les six prochains mois. Un plan sans précédent chez le premier consommateur de pétrole pour tenter de juguler la flambée des cours, mais surtout celle des prix à la pompe.
Vendredi, l’AIE a confirmé l’annonce américaine, ajoutant que les 30 autres pays membres de l’AIE ont promis de puiser, eux aussi, dans leurs réserves stratégiques, dans le même souci de faire baisser les prix. L’agence n’a pas précisé le volume total qui allait être puisé des stocks pour être injecté dans l’offre. Elle a, cependant, indiqué que les détails seraient rendus publics «au début de la semaine prochaine», probablement demain lundi, ou mardi.
Selon l’agence américaine basée à Paris, chargée de conseiller les pays développés dans leur politique énergétique, cette décision «souligne leur engagement (les pays membres, ndlr) solide et uni pour stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie». Un engagement qui doit se concrétiser au niveau du marché avec de gros volumes supplémentaires pour espérer calmer des séances d’échange évoluant dans une phase marquée par la guerre en Ukraine et ses retombées sur les cours. C’est dire que si les répercussions sur les prix, espérées par les consommateurs, venaient à avoir lieu, ce ne serait pas dans l’immédiat. De plus, la solution des cours stratégiques est connue pour son impact limité dans le temps, faut-il le souligner.
Les pays de l’AIE réagissent de la sorte, et décident de toucher à leurs stocks après avoir échoué de convaincre l’Opep+ de relever son offre selon leur souhait. Les 13 pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs 10 partenaires dans le cadre de l’alliance (Opep+) ont décidé, jeudi, de maintenir les 400 000 barils par jour en guise de rajout à leur production pour le mois de mai. Ils ont convenu d’y ajouter 32 000 bpj (432 000 bpj) dans le cadre d’un «ajustement» pour des raisons techniques du plafond de référence, comme nous l’avions mentionné dans notre précédente édition. Les tentatives de pays occidentaux d’obtenir plus de brut auprès de l’Opep+ auront donc été vaines, comme attendu à la veille de cette nouvelle réunion mensuelle. Attendu, par les pays producteurs démarchés dans cet objectif, dont notamment l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, avaient affiché une position qui exclut toute augmentation de l’offre, mettant l’accent de l’alliance dans la stabilité du marché et de sa cohésion qu’il fallait préserver. Aux arguments présentés par les responsables des pays consommateurs, le ministre émirati de l’Energie, Suhail al-Mazrouei a affirmé que les pays du Golfe étaient décidés à ne pas laisser «la politique» miner l’organisation. «A moins que quelqu’un ne soit prêt à fournir 10 millions de barils par jour, on ne peut pas remplacer les Russes» sur le marché, a-t-il poursuivi.
A l’inverse de ce que pouvaient attendre les pays qui font pression sur l’alliance, cette dernière ne semble nullement déstabilisée par les événements qui se déroulent en Ukraine. Bien au contraire, la cohésion entre ses membres est à ses meilleurs jours.
Rien n’y fait, les pays du Golfe résistent pour le moment aux demandes, a insisté le même ministre.
Dans le même élan de cohésion, le ministre saoudien de l’Energie, Abdulaziz ben Salmane, a lui aussi réitéré son attachement à l’Opep+, arguant que si l’accord «n’existait pas, nous ne pourrions pas avoir de stabilité sur le marché de l’énergie» et «la volatilité des prix serait encore pire». Le ministre algérien de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a pour sa part estimé, jeudi, que les approvisionnements actuels des marchés internationaux étaient «adaptés» à la demande. S’exprimant devant la presse à l’issue de la réunion ministérielle de l’Opep+, M. Arkab a ajouté que la part de production pétrolière de l’Algérie augmentera, en mai, de 11 000 barils par jour pour atteindre 1 013 000 barils/jour. <