Les deux compagnies nationales de transport de voyageurs, Air Algérie et Algérie Ferries, auxquelles l’épidémie de Covid-19 a déjà occasionné d’importantes pertes sur le chiffre d’affaires, accumulent les difficultés et maladresses de gestion. Des ratés à l’impact organisationnel et économique redoutable, alors que la haute saison des voyages commence à peine et s’annonce sous pression.

Par Hakim Ould Mohamed
Plusieurs anomalies sont signalées sur la check-list des deux compagnies avant même que le départ de la saison des vacances soit donné : scènes de pagaille signalées au niveau des agences, en Algérie et à l’étranger, incidents à bord des navires, mauvaise prise en charge des clients, programme commercial qui n’est pas à la hauteur de ce qui est attendu par les autorités… des problèmes auxquels s’ajoutent des insuffisances de sécurité pour le moins flagrantes. Depuis quelques jours déjà, les autorités interviennent à coups de décisions de limogeage et de rappels à l’ordre pour que les espoirs de reprise ne soient pas totalement lézardés. En effet, après la série de limogeages qui a marqué ces derniers jours les entreprises et les infrastructures du transport maritime de marchandises et de voyageurs, c’était au tour, jeudi, de critiquer la politique commerciale de la compagnie publique Air Algérie.
Les unes, comme les autres, ces décisions et remises en cause en cascade signifient un agacement au plus haut lieu quant à la manière dont sont gérées les deux compagnies. Preuve en est qu’après deux années de crise sanitaire qui a cloué l’ensemble des compagnies aériennes et maritimes, la reprise tarde à venir, alors que la concurrence a déjà pris son envol. Air Algérie et l’ENTMV (Algérie Ferries), grevées par d’importants coûts d’exploitation et de fonctionnement, risquent de faire appel, comme à l’accoutumée, au trésor public pour pouvoir survivre, alors que le rythme de la reprise est trop lent par rapport aux opportunités prometteuses de la saison des voyages. Les deux compagnies publiques n’ont pas su jusqu’ici tirer leurs épingles du jeu, pendant que la concurrence semble atteindre bientôt la vitesse de croisière. Une situation qui a fait sortir le ministre des Transports, Abdallah Moundji, de ses gonds, appelant à redoubler d’efforts pour développer la politique commerciale d’Air Algérie et la rendre plus attractive par la modernisation des mécanismes de commercialisation.
Limogeages et critiques
Le ministre a appelé également à organiser et améliorer le marketing des agences commerciales au niveau local et international, et réfléchir à proposer des offres promotionnelles en adéquation avec les exigences du marché et la compétitivité avec les compagnies aériennes étrangères, notamment avec la reprise progressive de l’activité. Abdallah Moundji a, par ailleurs, relevé la nécessité d’améliorer et de diversifier les services offerts, de bien prendre soin de la clientèle et d’assurer les conditions de confort et de sécurité à bord des vols, conformément au programme supplémentaire qui comprend la promotion des vols lors de la saison estivale, connue pour une forte demande pour ce mode de transport, lit-on dans un communiqué diffusé par le ministère des Transports. Victime collatérale du choc pandémique, au même titre que l’ensemble des autres compagnies aériennes, Air Algérie semble s’enliser dans la zone de turbulences malgré la reprise, faute d’une politique commerciale et de marketing agressive et adéquate, alors que le plan des vols internationaux arrêté par les autorités et maintes fois discuté en Conseil des ministres devait relancer la compagnie publique sur la piste de la reprise.
La situation n’est pas non plus satisfaisante pour le transport maritime qui semble, lui aussi, rater les opportunités de la saison et de la reprise du trafic mondial. Raison pour laquelle, et éventuellement bien d’autres, que les plus hautes autorités du pays, à savoir le chef de l’Etat et le ministère des Transport, ont décidé, voici quelques jours, de démettre les deux premiers responsables de l’ENTMV de leurs fonctions. Plutôt que d’épuiser l’ensemble des leviers qui sont mis à sa disposition pour prendre le large, Algérie Ferries sombre dans la mauvaise prise en charge des clients et de leurs biens, dans une politique commerciale et une gestion opérationnelle des navires loin d’être performantes et rentables. Avec les aides déployées annuellement par l’Etat au profit des deux compagnies, destinées essentiellement à subventionner le fonctionnement afin que les deux pavillons puissent faire face à la concurrence, étant donné l’importance de l’enjeu économique, force est de constater que les performances, devant conduire à l’autonomie financière tant souhaité, ne sont pas encore au rendez-vous. Et pourtant, bon nombre de compagnies aériennes et maritimes sont en passe de retrouver leur niveau de 2019 dès cet été. n