Par Khaled Remouche
Le gouvernement Benabderrahmane, sous l’impulsion du chef de l’Etat, a pris une série de mesures à portée sociale pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens déjà laminé par l’effet de décisions impopulaires prises depuis la chute des prix du pétrole en 2014, glissements successifs de la valeur du dinar, forte taxation, particulièrement, des produits informatiques, impact de la crise sanitaire Covid-19, l’Algérie connaît une inflation proche des deux chiffres.
En ce sens, les prévisions du FMI sont pessimistes. Cette tendance se poursuivra en 2022 selon cette institution financière internationale. De crainte d’une plus grande dégradation du pouvoir d’achat des ménages, le chef de l’Etat a donné le la : il a annulé la hausse des taxes prévue par la loi de finances 2022 concernant certains produits agricoles et informatiques, tablettes et Smartphones destinés à l’usage personnel. Cette remise en cause de la loi de finances 2022 fait suite à d’autres décisions à forte portée sociale, la baisse de l’IRG pour les fonctionnaires et les salariés du secteur économique, l’augmentation du point indiciaire et l’institution d’une allocation chômage, véritable pare-feu contre les effets de la crise sanitaire. Cette augmentation des salaires et de la pension des retraités bien que modeste laisse penser qu’elle anticipe probablement la mise en oeuvre de la politique de réduction des subventions en 2022 considérée comme une menace sur le pouvoir d’achat des couches moyennes. Le chef de l’Etat a affirmé que l’embellie pétrolière permettra de financer ce surcroît de dépenses. Partiellement ou complètement. Il est clair que ces décisions prises sous la contrainte d’une prévisible dégradation de la situation sociale exerceront des pressions sur le budget de l’Etat. Il convient de saluer ces décisions qui atténuent les effets de la flambée des prix des produits de large consommation mais ne permettront pas, loin s’en faut, de compenser totalement les pertes du pouvoir d’achat enregistrées ces dernières années. Au tableau gris, cette hausse des salaires, en l’absence de contrepartie productive, pourrait avoir des effets inflationnistes, c’est-à-dire un taux d’inflation plus important.
« Le gel des salaires de la Fonction publique est l’un des facteurs qui a freiné la hausse de l’inflation avant la crise sanitaire. La dévaluation du dinar contribue, dans une proportion assez importante, à la hausse de l’inflation aujourd’hui », analyse un économiste. Autrement dit, cette hausse des salaires, qui semble incontournable au regard de la dure « vérité des prix », risque d’être absorbée par l’inflation.
Il convient de rappeler que les pressions sur le budget ne sont pas uniquement liées à l’allocation chômage et à l’augmentation des salaires de la Fonction publique. Elles sont également dues notamment aux dépenses supplémentaires induites par le nombre de départs en retraite, la prise en charge du programme de développement des zones d’ombre, le dégel des projets d’infrastructures : hôpitaux, infrastructures de transport, établissements scolaires, hausse des subventions en raison de la flambée des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux.
Cette situation est exacerbée par la présence de rentes fiscales ou d’énormes évasions fiscales dans un contexte rendant urgentes les mesures budgétaires, telles qu’une meilleure appréhension de l’assiette fiscale et une meilleure collecte des recettes fiscales. Il s’ensuit qu’une telle politique sociale ne peut être poursuivie sans impact négatif sur l’économie. C’est pourquoi, il ne suffit pas d’augmenter les salaires. Il faudrait que les revalorisations salariales soient accompagnées de mesures permettant de couvrir de telles dépenses, à savoir un accroissement des recettes fiscales ordinaires via une meilleure appréhension de l’assiette fiscale et une lutte plus efficace contre l’évasion fiscale ainsi qu’une nécessaire dynamique en matière d’investissement ou de création d’entreprises créatrices de richesses et d’emplois.