Le forum national de dialogue qu’organisent des partis de l’opposition, regroupés au sein des «Forces du changement», s’ouvre aujourd’hui à Alger, avec la participation d’une dizaine de partis et d’une centaine d’associations de la société civile qui tenteront de débattre de la proposition d’une solution de sortie de crise qu’ils comptent présenter au pouvoir.

Le rendez-vous sur lequel misaient les formations politiques composant ce pôle d’opposition pour fédérer tous les segments de l’opposition est visiblement mal engagé avec une série de défections notamment celle des partis de l’alternative démocratique qui, d’une position commune, ont décidé de tourner le dos aux «Forces du changement».
Le « la » a été donné par le Parti des travailleurs selon qui les partis, organisations et personnalités du pacte pour l’alternative démocratique ne prendront pas part d’aucune manière à la conférence organisée par les forces du changement «dans l’unique objectif d’aller vers une présidentielle». Même des personnalités politiques nationales de poids, à l’image d’Ahmed Benbitour, Djamila Bouhired, l’ex-président Liamine Zeroual, l’ex-chef du gouvernement Mouloud Hamrouche, le militant des droits de l’Homme Me Ali Yahia Abdenour ou encore Taleb Ibrahimi, ne seraient pas de la rencontre.
De quoi affaiblir une initiative dont les promoteurs vont révéler aujourd’hui le contenu de leur plateforme de sortie de crise.
Les initiateurs du forum national de dialogue sont Talaie El Hourriyet d’Ali Benflis, le Front de la justice et du développement (FJD) d’Abdellah Djaballah, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) d’Abderrazak Mokri, auxquels se sont joints d’autres partis dont Ahd 54 de Fawzi Rebaïne, l’Union des forces démocratiques et sociales (UFDS) de Noureddine Bahbouh, le mouvement El-Bina d’Abdelkader Bengrina, ainsi que des personnalités politiques, des associations et organisations de la société civile et des syndicats.
L’initiative des Forces du changement reste ouverte à toutes les parties qui se reconnaîssent dans ses propositions, selon le coordonnateur de l’initiative, l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rababi, qui ajoute que des contacts suivis et prometteurs sont engagés avec les forces politiques afin de prendre connaissance de leurs propositions dans l’objectif de rapprocher les visions et de converger vers une plateforme commune». Mais il semble que les partis de l’opposition de l’alternative démocratique (FFS, PT, RCD, UCP, PST, MDS, PLD et la LADDH) ne prendront pas part à la rencontre, du fait que des divergences fondamentales persistent entre les deux blocs des partis de l’opposition, les uns étant pour une élection présidentielle dans «des délais raisonnables», les autres pour une assemblée constituante avant d’aller vers cette élection. D’ailleurs, le RCD tient aujourd’hui une activité propre au parti, soit la quatrième session ordinaire de son Conseil national.

Leur plate-forme de sortie de crise présentée aujourd’hui
A noter que des points communs existent entre les deux blocs, dont le départ du gouvernement, l’installation d’une instance indépendante d’organisation des élections, ainsi que l’appel à l’apaisement, notamment en matière de libertés publiques et individuelles, et l’instauration d’un climat de confiance entre le peuple et le pouvoir. Ces points sont parmi les principaux préalables que doit satisfaire le pouvoir en place pour que le dialogue auquel il n’a eu de cesse d’appeler – que ce soit par le biais des discours du chef de l’état-major de l’ANP Gaïd Salah, ou par ceux du Chef de l’Etat intérimaire Abdelkader Bensalah – puisse trouver un écho et aboutir à une solution de sortie de crise. Abdelaziz Rahabi, qui coordonne le forum de dialogue national que les initiateurs veulent «inclusif», a déclaré, à ce propos, que les «mesures de confiance et d’apaisement, outre le fait d’être des indicateurs pour mesurer la volonté de l’Etat d’aller vers le dialogue, sont des facteurs d’accélération et de consolidation des dynamiques de ce même dialogue». Parmi les autres préalables des Forces du changement, on retiendra l’appel au «départ de tous les symboles du régime», ainsi que «l’installation d’un conseil présidentiel ou d’une personnalité consensuelle pour gérer le pays pendant la période de préparation de l’élection».
Un nouveau préalable a été inscrit dans la plateforme des propositions devant être présentée au pouvoir et se résume à la limitation des prérogatives du futur président de la République. «Aux Forces du changement, nous appelons à l’abrogation des articles de la Constitution qui donnent pleins pouvoirs au futur président élu. Nous en faisons même un préalable qui sera contenu dans la plateforme à présenter au pouvoir pour le dialogue», a révélé une source proche des Forces du changement à Reporters, qui a tenu à rappeler, par la même occasion, que «le dialogue inclusif s’adresse à tous les partis et toutes les personnalités et tiendra compte de leurs propositions, à l’exception des partis politiques de l’ex-alliance présidentielle et des personnalités ayant soutenu le 5e mandat».
La rencontre d’aujourd’hui intervient dans un contexte particulier du fait qu’elle se tient au lendemain de la date fort symbolique du 5 juillet, anniversaire de la fête de l’indépendance nationale. C’est pourquoi elle revêt un caractère particulier en ces temps de crise politique qui dure depuis près de cinq mois et dont la principale revendication du peuple est un changement total du système en place.
«C’est la gravité de la situation et le devoir de patriotisme qui ont motivé des chefs de partis, les principaux syndicats autonomes, des personnalités politiques, des élites universitaires, des associations, corporations et des organisations estudiantines à engager une initiative politique destinée exclusivement à proposer au peuple algérien et à ses dirigeants une plateforme visant à amorcer un dialogue inclusif et responsable», selon M. Rahabi. Celui-ci a, par ailleurs, fait savoir que l’initiative qu’il représente a reçu 27 plateformes de sortie de crise de personnalités, de syndicats, de la société civile et de partis politiques, qui ont été étudiées et intégrées dans le document final qui servira de plateforme pour le dialogue avec le pouvoir. Reste à savoir dans quelle mesure l’initiative des Forces du changement sera-t-elle en phase avec la dernière offre de dialogue annoncée par le Chef de l’Etat intérimaire dans son discours prononcé à la veille du 5 juillet.