Un filet social qui ne dit pas son nom vient d’être institué avec près de deux ans de retard pour parer aux effets de la crise sanitaire et aux chocs économiques exogènes sur le pouvoir d’achat des franges fragiles de la population. Il atténue cependant modestement les effets de forte inflation enregistrée actuellement.

Par Khaled Remouche
Le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a, en moins d’un an, pris des décisions très attendues par la population : augmentation des pensions de retraite lors du dernier Conseil des ministres, des salaires de tous les travailleurs et à travers la baisse de l’impôt sur le revenu global, la révision du point indiciaire des fonctionnaires, l’institution d’une allocation chômage.
Il s’agit d’un effort important de l’Etat en dépit des difficultés budgétaires : énorme déficit budgétaire projeté en 2022. Cela a donc été permis par la hausse des prix du pétrole avec un baril de brut qui se maintient à plus de 100 dollars, ce qui a pour conséquence une augmentation des recettes fiscales pétrolières et une croissance du montant accumulé par le fonds de régulation de recettes.
C’est un filet social qui ne dit pas son nom qui vient d’être institué pour parer aux effets de la crise sanitaire et à l’effondrement du pouvoir d’achat de la grande majorité des ménages ces dernières années. Le glissement continu du dinar, depuis 2015, conjugué à une inflation importée et à une inflation endogène ont fini par laminer le pouvoir d’achat des ménages. Cela dit, que représente cette augmentation de revenus pour les salariés et les retraités ? Il s’agit d’une hausse très modeste au regard des besoins primaires, l’alimentation essentiellement. En clair, prenons le cas de la pension de retraite qui, dans la quasi-totalité des bénéficiaires, ne dépasse pas 40 000 dinars. Si on cumule le gain provenant de la baisse de l’IRG et celui relevant de la hausse des pensions, la hausse est en moyenne comprise entre 3 000 dinars et 6 000 dinars. La plupart des retraités toucheront donc une pension de moins de 50 000 dinars alors que le revenu de survie est estimé entre 70 000 et 90 000 dinars pour une famille de cinq personnes, selon les estimations des syndicats. Quasi même topo pour la majorité des salariés. Même avec ces augmentations, les travailleurs toucheront moins de 50 000 dinars par mois pour la plupart. Ces revenus et ces salaires reflètent l’appauvrissement de larges franges de la population et une économie pas suffisamment solide au vu de l’inflation. Ces salaires reflètent aussi la fragilité des entreprises publiques et privées accentuée par la crise sanitaire et les effets de la crise économique qui s’est installée depuis la chute des prix du baril en 2014. Cette situation est confortée par l’absence de liaison entre le salaire, la productivité et la performance dans plusieurs pans de l’économie nationale ainsi qu’au sein de l’administration. Elle s’est accentuée par, également, l’absence de liaison entre le salaire et l’inflation. Cette équation absente s’explique par la fragilité de l’économie nationale et de la plupart des entreprises.
Finalement, la scène économique nationale enregistre de fortes poussées inflationnistes nées en particulier de l’impact de la crise sanitaire, de l’inflation importée mais également des effets de la sécheresse. La dévaluation du dinar et la désorganisation du marché intérieur avec ses lacunes dans la régulation ne sont pas également étrangères. Mais comment inverser la tendance ? Il s’agit d’aller vers une plus grande solidité de l’économie, la promotion de l’acte productif, la relance de l’investissement créateur d’emplois et de richesses, qui favorise notamment l’intégration de l’économie. La marche vers l’efficacité dans l’investissement dans l’industrie, dans les infrastructures ainsi que le développement des exportations hors hydrocarbures jouent également.
Le retour à la confiance figure parmi les ingrédients de ce renforcement de l’appareil économique qui passe par la mobilisation de ressources financières hors des circuits bancaires, en particulier drainer l’argent de l’informel, attirer l’épargne émigrée ainsi que les investissements directs étrangers. <