Toute guerre a ses oubliés… et trop de tabous étouffent encore la nôtre : voici donc le titre de ma chronique BD de la semaine, qui n’est autre que la phrase qui m’a le plus interpellé dans «Tahya El-Djazaïr», la BD historique en deux tomes de Galandon et A. Dan, éditée par Grand Angle en…2009. Certes, la BD n’est pas récente, mais le thème reste toujours d’actualité.

Par Rouchdi BERRAHMA

J’ai lu la série BD en une journée et je la recommande vivement à tous les amateurs de bandes dessinées et de romans graphiques. Premièrement, parce qu’elle est bien travaillée sur les plans graphiques et scénaristiques. Deuxièmement, parce qu’elle met notre vaste Algérie en toile de fond, notamment les régions d’Alger et les Aurès. Et troisièmement, parce qu’elle traite de la participation des communistes et leurs positions controversées face à la question coloniale durant la guerre de libération nationale.
L’histoire commence à Alger, en 1954. Arrivé de métropole, Paul vient d’être nommé instituteur dans un quartier populaire. Il est accueilli, d’une part, par Pierre Moulan, un ancien camarade de maquis devenu lieutenant dans l’armée française et, d’autre part, par Amine, un musulman blessé à la Libération avec qui il a partagé la même chambre d’hôpital. Amine est projectionniste, il ne cache pas ses idéaux communistes. Il vit entouré de sa fille Assia, de son aîné Nasser et de la petite Yasmina, qui sera l’élève de Paul. Petit à petit, une liaison amoureuse s’établit entre Paul et Assia alors que les attentats indépendantistes et la répression s’enchaînent. Deux ans plus tard, Assia révèle à Paul que sa mère est décédée d’une balle perdue lors de la répression des manifestations de Sétif, en 1945. Depuis ce jour, Nasser n’admet pas la proximité de son père avec la puissance française. Un soir, il reproche violemment à sa sœur sa liaison avec un Français.
Peu après, un attentat frappe le cinéma où travaille Amine. Le projectionniste est arrêté et interrogé avec rudesse par la police. Paul commence à douter des agissements de chacun. On parle souvent de viols et de tortures à la Villa Susini, où se trouve le bureau de Pierre. L’instituteur découvre qu’il s’agit d’une réalité. A ce sujet, son ami militaire lui déclare : «Tu ne te bas plus depuis longtemps, tu ne peux pas comprendre.» Plus tard, Paul surprend un tract du FLN glissé entre les pages d’un livre appartenant à Assia. Il prend sa fiancée en filature et la voit abandonner un sac-à-main dans un café. Celui-ci contient une bombe qu’il désamorce à temps.
Arrêté, il est interrogé par Pierre. Le lieutenant le somme de s’expliquer en lui glissant qu’il soupçonne Assia et Nasser, entrés en clandestinité, d’appartenir au mouvement «terroriste». Paul reste de marbre. Deux mois plus tard, à l’occasion d’un coup de filet contre le FLN,
Assia est arrêtée et emmenée à la Villa Susini. Paul apprend par Amine qu’Assia est enceinte. Grâce à Pierre, il parvient à la faire libérer.
Le couple fuit la violence d’Alger pour les Aurès… Je m’arrête là. Je vous laisse découvrir la suite.
Galandon nous offre une bande dessinée soigneusement documentée sur une page d’histoire souvent objet de polémiques en Algérie. Il aborde avec passion le fil de cette relation très forte et compliquée entre les communistes et l’Algérie. La précision du dessin de Dan est assez lumineuse et permet de s’immerger dans l’histoire et de s’attacher aux personnages. «Tahya El-Djazaïr» est une série à redécouvrir.

  • Laurent Galandon : Après des études en photographie, il exerce ce métier pendant quelques années avant de diriger un cinéma d’art et d’essai. Grand Angle accueille dans son giron ses récits aux thèmes forts et poignants, «Gemelos», «l’Envolée sauvage », «l’Enfant maudit», «Tahya El-Djazaïr», «Shahidas», «le Cahier à fleurs» et «les Innocents coupables». Laurent est également l’auteur de «Quand souffle le vent», chez Dargaud.
  • Daniel Alexandre, dit A. Dan, débute comme formateur en informatique et en maths, avant de faire du dessin son métier. Il travaille en tant qu’illustrateur dans le domaine de la nature et du tourisme, puis rejoint Grand Angle pour dessiner «Tahya El-Djazaïr».