Les deux capitales se dirigent vers la signature d’un nouveau document stratégique interétatique. En effet, elles envisagent de signer un traité confirmant une nouvelle qualité des relations bilatérales, a déclaré, hier, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors de sa visite en Algérie. Laquelle coïncide avec le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

Par Feriel Nourine
«Toutes ces années, nous avons activement développé la coopération commerciale et économique«, a déclaré Lavrov, lors d’une rencontre avec son homologue, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger Ramtane Lamamra.
Le chef de la diplomatie russe a noté qu’étant donné «le développement rapide des liens amicaux«, afin de maintenir le haut niveau de coopération, les pays prévoient de signer «un nouveau document stratégique interétatique, qui reflétera la nouvelle qualité de nos relations«, a-t-il annoncé.
Après le tête-à-tête qu’il a eu avec Lamamra, Lavrov a été reçu par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Au sortir de cette rencontre, il a indiqué à la presse que «dans le souci de développer nos relations dans le domaine politique et la coopération économique, militaire et humanitaire, nous avons transmis au président Tebboune l’invitation du président Poutine pour effectuer une visite à Moscou«.
Le président russe Vladimir Poutine avait déjà déclaré que Moscou et Alger étaient unis par des relations solides et amicales, soulignant les plans visant à favoriser la coopération militaire et technique avec l’Algérie. En 2020, Poutine avait également émis le vœu de voir Tebboune se rendre en Russie.

Crise ukrainienne : la position de l’Algérie saluée
Sujet numéro un de l’heure, la situation en Ukraine a été largement abordée par Lavrov. «Nous avons informé la partie algérienne sur les derniers développements de l’opération militaire menée par la Russie en Ukraine avec la coopération des séparatistes de Donetsk«, a fait savoir le haut responsable russe, avant de saluer la position algérienne vis-à-vis des événements en Ukraine. «Nous éprouvons un grand respect de la position algérienne à l’égard de la situation en Ukraine«, qui est «engagée et objective«, a-t-il souligné
Début avril dernier, l’Algérie avait voté contre la décision de suspension de la Fédération de Russie du Conseil des droits de l’Homme, une résolution présentée au vote par un groupe de pays occidentaux, lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU, consacrée à la crise ukrainienne.
Cette résolution s’inscrit dans le cadre de la série de sanctions prises à l’encontre de la Russie sous la houlette des Etats-Unis et leurs alliés, notamment ceux de l’Union européenne. Une démarche à laquelle l’Algérie refuse d’adhérer en défendant le principe qui «permet aux mécanismes onusiens compétents de s’acquitter pleinement de leurs mission et rôle conformément aux règles du Droit international et aux résolutions pertinentes de l’ONU, loin de toute ingérence ou préjugé, constitue pour l’Algérie une condition sine qua non en vue de prouver les faits concernant toute violation grave et systématique des droits de l’Homme«, ne cesse de répéter les diplomates algériens depuis le début de la guerre en Ukraine, en février dernier.
Il s’agit d’un principe que les présidents Tebboune et Poutine avaient mis en avant lors de leur entretien téléphonique, le 18 avril dernier, en insistant sur «l’importance d’une solution politique conforme aux principes du droit international et de la Charte des Nations unies» pour la crise ukrainienne.
Les deux chefs d’Etat avaient aussi procédé à un échange de vue sur la situation internationale, relevant les graves développements affectant la sécurité des citoyens palestiniens, ainsi que les atteintes à la sacralité des lieux saints de l’islam à El-Qods, tout en réaffirmant le soutien de leurs pays à une paix juste et durable au Moyen-Orient devant consacrer les droits nationaux inaliénables du peuple palestinien.
C’est aussi dans cette logique que le ministre russe des Affaires étrangères a inscrit son intervention d’hier en faisant remarquer que l’Algérie et la Russie sont deux pays membres du groupe des amis au sein de l’ONU qui œuvrent pour «l’égalité des pays devant les crises«. Un principe que «les Etats-Unis et leurs alliés ignorent«, a-t-il déploré en référence au soutien que portent ces pays à l’Ukraine, alors qu’ils font preuve d’indifférence quasi-totale à l’égard de ce qui se passe en Palestine, en Syrie, en Irak ou encore en Libye, pour ne citer que ces pays où les populations sont livrées à leur sort face aux affres de la guerre et des conflits armés.
Interrogé sur la position de la Russie face à l’idée d’une médiation de l’Algérie dans la crise en Ukraine, Lavrov n’a pas apporté de réponse directe au journaliste russe qui lui a posé la question. «L’Algérie est membre du groupe de médiation désigné par la Ligue arabe et qui s’est déplacée à Moscou. Nous considérons que la position arabe est unie, objective et équilibrée«, s’est-il contenté de répondre.
Dans le cadre d’une mission de bons offices dépêchée par la Ligue arabe, début avril dernier, Ramtane Lamamra s’était déplacé dans la capitale russe en compagnie des ministres des Affaires étrangères de Jordanie, du Soudan, de l’Irak et de l’Egypte, en sus du Secrétaire général de la Ligue arabe, dans le but de lancer des concertations avec les responsables russes et contribuer à une solution diplomatique à la crise ukrainienne. S’en était suivie une visite de la même mission à Varsovie, en Pologne, pour y rencontrer le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba.

Dossier du gaz : respecter les accords
Concernant le dossier du gaz et les extensions que pourrait opérer l’Algérie dans ses livraisons à des pays en quête d’alternatives au gaz russe, Lavrov a souligné que «la Russie, l’Algérie et les autres pays exportateurs du gaz, nous estimons qu’il faut respecter les accords déjà conclus dans la cadre de l’Opep et du Forum des Pays exportateurs de gaz.
Pour rappel, l’UE est en train de préparer un embargo sur les produits énergétiques russes. Pour mettre en action son plan, l’union des 27 doit d’abord s’assurer de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement ailleurs que chez la Russie qui lui fournit 47% de sa consommation contre 11% exportés par l’Algérie. Dans son intervention devant la presse, le premier responsable de la diplomatie russe a eu à répondre également sur le dossier malien. Il s’est montré catégorique en considérant que l’accord d’Alger conclu en 2015 est «la base«du règlement de la crise armée qui secoue ce pays depuis des années.
Après avoir exprimé la «satisfaction«de son pays quant au développement des relations bilatérales, le ministre russe a indiqué que «le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint 3 milliards USD l’année dernière«, de même qu’il existe «des opportunités pour parvenir à de plus larges perspectives«. A ce propos, il a mis en avant «l’intérêt que portent les entreprises russes au développement de leurs relations avec les partenaires algériens dans plusieurs domaines dont l’énergie, les mines, l’exploration et l’industrie pharmaceutique«, ajoutant que toutes ces questions «seront débattues lors de la prochaine réunion de la commission intergouvernementale de coopération commerciale, économique, technique et scientifique prévue très prochainement à Alger«. n