C’est le Guinéen Alpha Condé qui a pris hier la succession du Tchadien Idriss Déby Itno à la tête de l’Union Africaine. Le président de la Guinée va occuper ce poste pendant une année, selon les textes de l’Union, avant qu’il ne remette son mandat en jeu.

Les dirigeants africains ont également désigné le nouveau chef de leur exécutif, le Tchadien Moussa Faki Mahama en remplacement de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. . Signe des rivalités régionales qui animent toujours l’organisation continentale, il aura fallu aux chefs d’Etat pas moins de sept tours de scrutin pour élire le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat à la tête de la commission, le bras exécutif de l’UA.M. Moussa Faki est élu pour un mandat de quatre ans et va devoir faire face à une situation nouvelle marquée au plan international par l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis du républicain Donald Trump et au plan continental par la demande acceptée du Maroc de regagner le giron panafricain. Pour de nombreux observateurs, l’élection de la Guinée et du Tchad aux postes respectifs de président de l’UA et de président de sa commission exécutive est en soi le signe de la difficulté à laquelle l’Union fait face, en particulier par rapport à la donnée nouvelle générée par la décision de Rabat de rejoindre une organisation qu’elle a désertée depuis 1984 sur la base du dossier du Sahara occidental. Selon les mêmes observateurs, le choix du Tchadien Moussa Faki Mahama est la marque de l’équilibre fragile que les dirigeants africains tentent de maintenir après l’annonce par le Maroc de revenir à l’UA et la nécessité de garder à l’ordre du jour la question de l’autodétermination sahraouie dont la sortante Nkosazana Dlamini-Zuma est un fervent défenseur.
A l’image de son pays l’Afrique du Sud et de onze autre pays dont des poids lourds du continent à l’exemple de l’Algérie, du Nigéria, du Kenya ou de l’Angola. Signe que le dossier marocain demeurant un sujet de clivage important – et même si un diplomate marocain affirmait dimanche dernier à l’AFP que son pays pouvait compter sur le « soutien inconditionnel » de 42 Etats membres (sur 54), l’opposition au retour d’un Maroc qui ne reconnaitrait pas le droit à l’autodétermination et à la décolonisation – un des fondamentaux de la politique et de la doctrine de l’Union panafricaine depuis sa naissance en 1963- reste très forte. Le Nigeria, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Angola, a-t-on appris, ont sollicité un avis formel auprès de l’organe juridique de l’UA pour savoir si l’organisation pouvait accepter un pays « qui occupe une partie du territoire d’un État membre», à savoir le Sahara occidental.
Dans sa réponse de 10 pages, dont nous détenons une copie en anglais, le conseil juridique de l’UA conclut que les interrogations des 12 pays « soulèvent des questions fondamentales » mais que la décision finale revient aux chefs d’État. Hier, ces derniers ont choisi d’accueillir à nouveau Rabat dans l’Union avant de se prononcer sur d’autres points d’un agenda chargé et marqué l’impasse diplomatique au Soudan du Sud, les exactions des groupes djihadistes au Mali, en Somalie et au Nigeria, les tensions politiques en République démocratique du Congo et le chaos libyen. Une source mauritanienne nous a affirmé hier que des personnalités libyennes ne faisant pas partie du gouvernement d’union nationale (GNA) étaient attendues hier et aujourd’hui en marge du sommet. La même source indique même que le maréchal Haftar figure parmi ces personnalités.