A l’approche des élections législatives qui doivent avoir lieu à la fin du mois de juillet prochain, l’escalade verbale observée durant ces dernières semaines entre le pouvoir et l’opposition au Sénégal a tourné à la confrontation meurtrière entre le pouvoir et la coalition de l’opposition Yewwi Askan wi (libérer le peuple). Des développements qui indiquent que, bien qu’occasionnelle, la violence politique au Sénégal est bien réelle.

Synthèse Lyes Sakhi
Vendredi, 17 juin, des heurts entre jeunes et policiers ont fait deux morts à Dakar et dans le sud du pays. Différents quartiers de la capitale ont été le théâtre d’affrontements entre jeunes lançant des pierres et policiers les tenant à distance à coups de gaz lacrymogènes ou les dispersant à l’aide de grenades assourdissantes dans la fumée des pneus incendiés.
A Dakar, un jeune homme ou une jeune femme, selon les sources, a péri quand un projectile a mis le feu dans un local où il ou elle se trouvait, a indiqué à l’AFP un responsable de la Croix-Rouge sous couvert d’anonymat. La presse et l’opposition ont fait état d’un deuxième décès à Bignona, en Casamance, où les forces de sécurité sont accusées d’avoir tiré à balles réelles. L’opposition entendait protester contre l’invalidation d’une liste nationale de candidats pour les législatives du 31 juillet. Elle avait prévenu qu’elle passerait outre l’interdiction. Des pelotons de policiers en tenue antiémeute, soutenus par des véhicules blindés, ont empêché quiconque d’approcher la place de la Nation où devait se dérouler le rassemblement, à l’écart du centre politique et économique de la capitale. Les policiers ont refoulé vers les rues adjacentes de petits groupes mobiles qui les harcelaient à coups de pierres. Des troubles ont été rapportés dans d’autres quartiers de la capitale, ainsi qu’à Ziguinchor, en Casamance. Trois figures de l’opposition Déthié Fall, Ahmet Aidara et MameDiarra Fame ont été arrêtées, a indiqué le porte-parole du parti Pastef (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité), Ousseynou Ly. Le leader de l’opposition, Ousmane Sonko, et le maire de Dakar, Barthélémy Dias, autre ardent pourfendeur du président Macky Sall, ont été empêchés de sortir de chez eux par les forces de sécurité, a-t-il dit. Dès la matinée, les policiers ont fait le siège autour de chez Ousmane Sonko, dans le quartier dakarois cossu de Mermoz, résolus à l’empêcher de mettre à exécution son intention proclamée de défier l’interdiction de manifester. A la mi-journée, ils l’ont empêché de se rendre à la grande prière hebdomadaire. Le pouvoir cède à la «panique», a assuré M. Sonko, troisième de la présidentielle de 2019, candidat déclaré à celle de 2024, et populaire chez les jeunes. L’opposition dénonce l’invalidation de la liste nationale de la coalition Yewwi Askan Wi, menée par le parti de M. Sonko, comme un stratagème du président Macky Sall pour écarter ses adversaires. L’invalidation écarte des législatives M. Sonko et certaines figures d’opposition. Le pouvoir et l’opposition n’ont donné aucun signe de vouloir transiger et les analystes décrivent généralement une impasse politique. De nombreuses voix se sont élevées pour appeler au dialogue face au risque de violences semblables aux émeutes qui, en mars 2021, avaient fait une douzaine de morts dans le pays.
L’opposition a menacé d’empêcher la tenue des élections si Yewwi Askan Wi n’y participe pas. En fait, Yewwi peut toujours concourir avec une liste nationale, mais composée de suppléants, notent les observateurs de la scène politique sénégalaise. Le président Sall a fermé la porte à un repêchage de la liste invalidée.«De toute façon, le pays va faire ces élections, le Conseil constitutionnel a décidé», a-t-il déclaré. n