PAR NAZIM BRAHIMI

Le délai de dépôt de candidatures aux élections sénatoriales, prévues le 5 février prochain, a expiré hier. Une étape qui ouvre le jeu de coulisses parmi les prétendants et laisse planer le doute quant à l’identité des 48 élus locaux à l’occasion du scrutin du 27 novembre et qui passeront sénateurs pour un mandat de 6 ans.
Chambre haute du Parlement, le Conseil de la nation est composé de 144 membres, dont 96 sont élus au suffrage indirect parmi les élus au niveau des Assemblées (APC-APW) pour un mandat de six ans. Les sénatoriales sont organisées tous les trois ans pour renouveler un tiers des membres de cette chambre, dont les mandats sont arrivés à échéance.
Intervenant après chaque échéance locale, souvent gagnée par le FLN et le RND, les sénatoriales ont constamment consacré cette réalité, qui constitue à cet égard la grande inconnue dans le sens où les partis proches du pouvoir ont récolté des succès moins francs à l’occasion des élections locales du 27 novembre, marquées par la percée des listes indépendantes.
Pour des observateurs du champ politique et ses évolutions, ces sénatoriales sont une étape «importante» pour mesurer le poids des listes indépendantes dans la société politique.
Par les chiffres, et selon les résultats définitifs proclamés par l’ANIE, le parti du FLN a conservé sa première place après avoir remporté 5 978 sièges aux APC en obtenant la majorité absolue dans 124 communes. Il est suivi du Rassemblement national démocratique (RND) avec 4 584 sièges en raflant la majorité absolue dans 58 communes puis, les listes indépendantes avec 4 430 sièges et la majorité absolue dans 91 APC. Le Front El Moustakbel arrive en 4e position avec un total de 3 262 sièges et une majorité absolue dans 34 APC, puis le Mouvement El Bina avec 1 848 sièges et 17 APC à majorité absolue, suivi du Mouvement de la société pour la paix (MSP) avec 1 820 sièges et 10 communes à la majorité absolue.

Le FFS face à son «incohérence»
L’échéance des sénatoriales a donné, comme à l’accoutumée, du mouvement dans les états-majors des partis politiques qui ont été contraints à des arbitrages dans le jeu des candidatures, mais aussi en travaillant des alliances avec d’autres formations politiques qui comptent des élus dans les APC et les APW.
C’est le cas du FLN qui tient encore à une forte présence dans la chambre haute du Parlement bien que son ancrage risque de s’affaiblir. Un scénario qui mettra mal à l’aise son secrétaire général qui continue à subir des contestations dans ses structures. Dans l’ensemble des partis en lice, les candidatures n’ont pas été faciles à se dessiner. Mais incontestablement, c’est le FFS qui vit, depuis la convocation du collège électoral, une situation kafkaïenne qui a vu des membres de la direction du parti prendre la décision de participer à cette échéance «en dépit du rejet unanime» qui s’est dessiné parmi les militants et les élus.
«C’est une incohérence monumentale dans laquelle s’est engagée le FFS. Il boycotte les élections législatives pour prendre part aux sénatoriales. C’est du jamais vu dans les annales du parti», estime un militant du plus vieux parti de l’opposition, plutôt favorable à l’option du rejet.
Signe d’un choix décidé sans l’adhésion des militants et des fédérations, la direction nationale du FFS a dû reporter à deux reprises la session de son conseil national, une première, faute de quorum non atteint et une deuxième pour «éviter des tiraillements» entre deux lignes opposées.
La décision a été arrêtée à l’issue d’une réunion qui a pris le caractère de «l’urgence» entre les membres de l’instance présidentielle, les membres du secrétariat national et ceux du comité d’éthique du parti. Or, au sein des bases du FFS, on ne comprend pas pourquoi la direction s’entête à participer à une élection dans laquelle le parti ne peut participer que dans deux wilayas (Béjaïa et Tizi Ouzou).
Certaines voix n’hésitent d’ailleurs pas à désigner le président de l’APW de Tizi Ouzou, Youcef Aouchiche, et celui de l’APW de Béjaïa, Mehenni Haddadou, comme les «parrains» et les promoteurs de ce choix «juste pour se faire élire sénateurs».
De quoi conclure que la crise organique et de légitimité interne est loin d’avoir été réglée au sein du FFS. Ce qui promet un congrès extraordinaire à l’issue incertaine.