Mostaganem abrite depuis hier et jusqu’à aujourd’hui un séminaire sur la question migratoire, abordée sous son angle humain au vu de la thématique retenue : « Halte au racisme, pour la tolérance, le respect et la dignité des migrants ».

Initiative de l’association RAJ, les travaux ont débuté avec la participation de spécialistes en relations internationales, d’économistes et de sociologues. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une minute de silence a été observée par l’assistance la mémoire des Sub-Saharien qui meurent quotidiennement en mer en tentant de rejoindre l’Europe. Dans son allocution d’ouverture, le président de RAJ, Abdelouhab Fersaoui, a mis en exergue
« le degré d’aggravation » du phénomène de l’immigration clandestine et sa relation avec la criminalité organisée. « L’aggravation de ce phénomène est devenue une source d’inquiétude pour plusieurs pays à cause de la difficulté de contrôler les immenses flux de migrants, d’une part, et la crainte de l’exploitation de ces migrants par des terroristes et les responsables de la criminalité organisée, d’autre part, et qui constituent un danger pour la sécurité et la stabilité des pays », a-t-il relevé. Il a, par ailleurs, salué le travail humanitaire accompli par les éléments de l’ANP dans les opérations de sauvetage des vies des migrants. « Je veux dans ce contexte rappeler le grand rôle que jour l’ANP dans ce domaine à travers le contrôle de nos frontières nationales et nos côtes maritimes, et dans le sauvetage des migrants qui risquent leur vie à bord des embarcations de la mort », a-t-il dit. Constitué en panels, ce séminaire a pour objectif d’approfondir la réflexion sur la question migratoire dans le Bassin méditerranéen, tout en mettant en exergue ses causes ainsi que les défis humanitaires à relever par les Etats de la région. Justement; le premier panel, présenté par Aïssa Kadri, professeur émérite des universités, sociologue et ancien directeur de l’Institut Maghreb – Europe, actuellement professeur à l’université Paris 8, s’est attardé sur les
« nouvelles migrations et les questions qu’elles posent aux Etats nations dans le contexte de la globalisation ». L’intervenant a présenté le profil des migrants clandestins, les causes et les conséquences du phénomène tout en abordant les solutions possibles pour l’endiguer. S’appuyant sur les données disponibles, il a fait observer que du point de vue du profil, la plupart des migrants sont jeunes et sont issus de milieux sociaux défavorisés et de familles nombreuses. Il a précisé que la communauté internationale s’était récemment émue de l’amplification du phénomène et de ses conséquences. Mais à ses yeux, l’heure n’est plus au diagnostic sans remède. « Il faut donc une introspection profonde à tous les niveaux afin que tous et chacun puissent assumer leurs responsabilités face au phénomène et agir en conséquence », dit-il. Le deuxième intervenant est le chercheur associé au laboratoire « les Afriques dans le monde (UMR 5115) » et auteur de « les Traversées migratoires dans l’Algérie contemporaine (Karthala, 2016) », Salim Chena. « Je suis persuadé que les acteurs de la société civile doivent s’impliquer, car il n’y aura pas de solution politique à ce phénomène mais il faut impliquer à tout prix les acteurs de la société civile pour que nous puissions tous réfléchir à la manière de sensibiliser et de trouver des solutions », dit-il. Il a aussi insisté sur la nécessité d’avoir une approche globale et à moyen terme, à la fois de l’emploi, du sous-emploi (dans le secteur informel), du chômage ouvert, et aussi des trois «ni » : ni emploi, ni études, ni formation. D’ailleurs, c’est le cas de la grande majorité des migrants qui cumulent également des facteurs de vulnérabilité : découragés, foyer familial fragile, etc. Présent à la rencontre, Me Noureddine Benissad, avocat et président de la LADDH, a donné au séminaire le cachet juridique  « nécessaire » pour appréhender la migration sous le prisme juridique et des textes de loi. Il parle de « la loi 08/11 régissant la présence des étrangers en Algérie et sa compatibilité avec les conventions internationales que l’Algérie a ratifiées ». Et pour lutter contre ce phénomène, explique-t-il, plusieurs instruments juridiques tant internationaux que nationaux sont mis en œuvre. Le législateur algérien n’est pas en reste dans cette riposte légale. Un arsenal juridique important est prévu à cet effet. Il a cité la loi 09-01 modifiant et complétant le code pénal et la loi 08-11 relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers, qui concrétisent, au niveau interne, la Convention de Palerme relative à la lutte contre la criminalité transnationale organisée et de ses protocoles, ratifiés par l’Algérie en 2005.Toutefois, un arsenal juridique ne suffit pas à lui seul à lutter contre ce phénomène. Une coopération et une coordination internationales entre les différents services et organes de sécurité s’impose, à l’image de Frontex, d’Eurosur, d’Europol en Europe, d’Afripol en Afrique, d’Interpol et de l’Organisation internationale pour les migrations à l’échelle internationale.