Projeté, vendredi dernier, à la 41e édition du Festival international du cinéma du Caire, le long métrage algérien «Abou Leïla», réalisé par Amin Sidi-Boumedine, a connu un franc succès auprès du public égyptien, nous a confié l’acteur Slimane Benouari, incarnant, aux côtés de Lyess Salem, l’un des personnages principaux du long métrage «Abou Leïla».

Contacté par téléphone, Slimane Benouari nous affirme que ce film a été «salué et apprécié par le public égyptien qui a assisté à la représentation à l’Opéra égyptien. Une projection qui s’est passée dans de bonnes conditions et qui a été suivie d’un débat très intéressant». Il poursuit dans ce sillage que la projection du film avait fortement ému les festivaliers et, en particulier, le public égyptien qui, selon lui, «a été touché au cœur par cette vision différente de la thématique particulière du terrorisme dans les pays arabes et maghrébins. Notamment, par rapport au sujet de la peur et de la violence». Expliquant que «ce genre de sujet n’a pas été traité en profondeur dans le cinéma maghrébin et arabe». Notre interlocuteur a ajouté que le débat qui a suivi la présentation a été «témoin de cet enthousiasme du public du festival pour le film». Lors des différentes interventions, «les personnes présentes ont majoritairement exprimé leur fascination et leur étonnement. Ceci, tant par rapport à l’enchaînement des événements narratifs que par rapport à l’intrigue développée dans le scénario, ainsi que leur admiration pour la performance des acteurs». Il ajoute que «le public s’est questionné sur la difficulté du rôle du personnage «S», qui se caractérise par l’intensité de l’expression des émotions, ainsi que sur la dimension philosophique du long métrage, ce qui prouve la capacité du réalisateur à soulever les préoccupations profondes du grand public».
Amin Sidi-Boumedine, un réalisateur qui interroge la violence
En ce qui concerne son travail avec le réalisateur Amin Sidi-Boumedine dans «Abou Leïla», Slimane Benouari nous confie qu’il «est satisfait de cette nouvelle expérience» avec un réalisateur qu’il a qualifié «d’intelligent». «Il m’a poussé au bout de mon personnage et de ce que je pouvais offrir dans mon jeu», explique l’acteur, soulignant que Sidi-Boumedine a «une belle et différente vision de la direction d’acteur. Contrairement à ce dont nous sommes habitués, il a une très bonne manière d’expliquer les situations de personnages et de diriger les scènes». L’acteur ajoute dans ce contexte qu’«Amine Sidi-Boumedine est l’un des réalisateurs qui sont loin d’être superficiels dans la gestion de l’acteur et qui peuvent aller loin dans la psyché et l’intériorité de l’acteur et de la personnalité des personnages qu’il doit incarner».
Benouari a aussi déclaré que ce qui a séduit les critiques et les différents publics des festivals, où le film a été présenté, est le fait qu’ «il ne traite pas directement de la question du terrorisme et ne montre pas la décennie noire dans les stéréotypes profondément ancrés dans l’Occident ou dans les précédents films abordant le sujet. Ce film se concentre plutôt sur la violence au sein de l’être humain et sur le rôle joué par les circonstances ou ceux qui nous entourent pour nourrir et développer cette violence et la faire remonter en surface».
En ce qui concerne la question de savoir quand le film sera projeté dans les salles de cinéma en Algérie, Slimane Benouari a déploré le fait que le film n’a pas encore été projeté dans notre pays et «en tant qu’acteur je désire voir la réaction du spectateur algérien. Mais, je n’ai aucune information précise sur cela, le film n’a pas été refusé en Algérie mais en même temps, il n’a pas été accepté».
Il est à noter que le film «Abou Leïla» d’Amin Sidi Boumedine (production 2019, 140 minutes) participe au 41e Festival du film du Caire dans le cadre de la Semaine de la critique. Les événements de ce long métrage se déroulent, il y a trois décennies, dans une Algérie déchirée par la guerre. Plus précisément durant l’année 1994, où le terrorisme sanglant est marqué par une violence extrême. C’est cette notion même de la violence et de la confrontation entre les différents protagonistes qui domine la thématique du film. Ce long métrage met en vedette Lyès Salem et Slimane Benouari, deux policiers qui s’embarquent dans une mission auto-lancée pour traquer Abou Leïla, un terroriste. Mais les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Le public est pris tout au long de deux heures de cette traque, sur la route du désert, qui révélera une amère réalité des situations complexes et des traumas d’une guerre sans nom.
Ainsi, à travers, le choix d’un personnage instable psychologiquement, Amin Sidi-Boumedine communique des sentiments mélangés de peur, de doute, de ressentiment et de folie, évoluant entre fantasme et vérité qui dérangent. Le réalisateur convie, aussi, les spectateurs à réfléchir sur ses questions philosophiques plutôt que de se concentrer sur l’intrigue. Bien que peu d’indices soient donnés quant aux raisons pour lesquelles une telle poursuite est nécessaire, nous sommes préoccupés par la relation entre les deux hommes et par leur incarnation de la force par rapport à la vulnérabilité. Le long métrage qui se veut un drame psychologique surréaliste, qui touche au côté sombre de l’humanité, qui utilise la guerre comme prétexte justifié et injustifié à la violence. En effet, aussi folle que soit l’intrigue, Amin Sidi-Boumedine livre la logique derrière le déraisonnable, tout en veillant à maintenir le suspense, afin de captiver les cinéphiles jusqu’à la dernière scène.
Ce long métrage est ainsi présenté comme une contemplation de la vie et de la mort, qui pousse les spectateurs à se poser pleins de questions, notamment sur les notions du désespoir. Est-il provoqué ou déclenche-t-il la violence ? Comment des enfants innocents peuvent-ils devenir des bêtes du désert sans pitié ? La violence pourrait-elle jamais être justifiée ou s’agit-il d’un pur mal ? n