Dans une étude rendue publique, hier, dans laquelle le Crédit Agricole évoque les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) qui vont souffrir le plus de la guerre des prix du pétrole que se livrent Saoudiens et Russes, l’Algérie apparaît très amoindrie face à ce nouveau choc externe qui, de l’avis de la banque, ne sera pas sans conséquences sur les fondamentaux de l’économie algérienne. « En Algérie, c’est surtout la chute des prix du pétrole qui va accélérer la baisse des réserves en devises dans ce pays totalement rentier et dépendant du prix des hydrocarbures », écrivent les experts de la banque française dans leurs « Perspectives Economiques » publiées hier. Sans l’ombre d’un doute, si la chute des prix du pétrole venait à s’inscrire dans la durée, cette perspective conduirait à l’aggravation des déficits budgétaire et extérieur avec, comme effet d’entraînement, l’accélération de la fonte des réserves de change, lesquelles se situe à 62 milliards de dollars, contre près de 194 milliards de dollars à la mi-2014, date durant laquelle le marché pétrolier avait connu un retournement de situation semblable à celui constaté depuis dimanche dernier. En cinq ans, l’Algérie a perdu 132 milliards de dollars sur ses réserves de change des suites du précédent choc pétrolier à l’heure où le pays fait face à une nouvelle grisaille, non moins violente, qui pointe à nouveau à l’horizon du marché pétrolier. Une chute des cours de longue durée remettrait en cause les perspectives budgétaires contenues dans la loi de finances 2020, mais aussi celles comprises dans le cadrage macroéconomique et financier de la période 2021-2022. Pour faire face à cette nouvelle crise qui menace les fondamentaux de l’économie algérienne, Abdelmadjid Tebboune s’est réuni, mardi dernier, avec certains à ministres de son gouvernement, pour penser une solution susceptible d’atténuer les effets de la chute des prix du pétrole sur l’Algérie. « Les mesures économiques et financières annoncées le 10 mars sont très inférieures aux attentes : ni l’ajustement du change, ni des hausses d’impôts ou de recours à l’endettement n’ont été évoqués », estiment les experts du Crédit Agricole dans leur étude parue hier. « En fonction de la durée de la baisse des prix (alors que le seuil d’équilibre fiscal est toujours supérieur à 100 dollars le baril), une chute de la croissance du PIB, des déficits jumeaux entre 10% et 15% du PIB dès 2020, une chute des réserves en devises à trois mois d’importations dans moins de deux ans et une probable crise de liquidité à cette échéance combinée avec un effondrement du change pourraient se produire. Le risque d’une crise sociale et politique est donc plus fort », lit-on dans la même étude. Le risque de la nouvelle baisse des cours du brut sur l’Algérie est sérieux. D’autant plus que les experts anticipent une chute à moins 30 dollars le baril si les Russes et les Saoudiens venaient à perpétuer leur guerre des prix sur le marché. Cette semaine, le Brent a perdu 25,2% de sa valeur quand celui de WTI a lâché 23%. Depuis un pic atteint il y a un peu plus de deux mois, quelques jours après l’élimination par Washington du général iranien Qassem Soleimani, les cours ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Ils ont notamment encaissé lundi leur pire chute depuis la guerre du Golfe en 1991, avec un plongeon d’environ 25%. Dans cette guerre des prix que se livrent Russes et Saoudiens, la Russie reste pour le moment inflexible, son président Vladimir Poutine se disant « certain » que l’économie du pays sortira « renforcée » de cette période de guerre des prix. Un temps évoqué, la perspective de la tenue d’un comité technique (JTC) de l’Opep+ le 18 mars « s’est évaporée » après le refus de l’Arabie saoudite. Ce qui fait dire à certains analystes et observateurs que le mouvement baissier des cours se poursuivrait. Comme ce fut le cas en 2014, l’Algérie et bien d’autres membres de l’Opep sont les victimes collatérales d’une guerre que se livrent les poids lourds de marché.<