La consommation des antibiotiques explose en Algérie. Selon une étude réalisée par la revue scientifique américaine «PNAS», intitulée «Augmentation globale et convergence géographique dans la consommation d’antibiotiques entre 2000 et 2015 », l’Algérie arrive en 5e position dans le monde après la Turquie, la Tunisie, l’Espagne et la Grèce en termes de consommation d’antibiotiques.

En chiffres, le rapport indique que  la consommation quotidienne de ce type de médicament par les Algériens est de près de 38 doses quotidiennes déterminées pour 1 000 habitants.
Le document, cité par l’Agence Ecofin, fait état des récentes recherches menées par huit spécialistes du Center for Disease Dynamics, Economics & Policy de Washington DC, de l’université de Princeton (Etats-Unis), de l’Institut de biologie intégrative de Zurich (Suisse) ou encore de l’université d’Anvers (Belgique).
Le rapport, qui s’appuie sur l’étude de 76 pays sur un intervalle de 16 ans, révèle un inquiétant constat : « La résistance antibiotique, conduite par la consommation d’antibiotiques constitue une menace sanitaire mondiale grandissante. » Ces recherches ont notamment révélé une importante hausse mondiale de la consommation d’antibiotiques, estimée à 65% entre 2000 et 2015 et conduite par une augmentation de la consommation dans les pays à revenus faible et intermédiaire.
En 2000, les pays à revenu élevé, avec en tête la France, la Nouvelle-Zélande, l’Espagne, Hong Kong, et les Etats-Unis, enregistraient le plus fort taux de consommation d’antibiotiques au monde. Alors qu’en 2015, quatre des six pays à la consommation la plus élevée étaient des pays à revenu faible et intermédiaire : la Turquie, la Tunisie, l’Algérie, et la Roumanie.
Ainsi, la Tunisie arrive en deuxième place des plus grands consommateurs d’antibiotiques au monde derrière la Turquie, montre le rapport, avec un taux de consommation de près de 50 doses quotidiennes déterminées pour 1 000 habitants. Le rapport montre ainsi que le taux de consommation d’antibiotiques dans les pays à revenu faible et intermédiaire se rapproche aujourd’hui (et même dépasse pour certains pays) celui généralement observé dans les pays à revenu élevé. Le document a, dans cette idée, mis en évidence « la nécessité d’une surveillance à l’échelle mondiale de la consommation d’antibiotiques ». Il s’agit ainsi de soutenir les politiques de réduction de consommation et de résistance antibiotique tout « en permettant un accès à ces médicaments qui peuvent sauver des vies ».

Le Snapo pointe l’automédication
Contacté par nos soins, le président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snpo), Messaoud Belambri, nous explique la hausse de la consommation des antibiotiques par les Algériens par plusieurs facteurs. Il s’agit essentiellement de la généralisation de la couverture sociale via la carte Chifa, de l’augmentation des structures de santé publique et aussi de la prolifération du phénomène de l’automédication. «La carte Chifa a permis à 37 millions d’Algériens d’avoir une assurance maladie. Du coup, le droit au remboursement.  Ainsi, les gens ont accès aux soins », a-t-il expliqué. Il ajoute : «L’ouverture des structures de santé publique dans la quasi-totalité des localités du pays a généré une hausse de la consommation des médicaments tous types confondus.
Ajouter à cela, la prolifération de l’automédication. » Ces facteurs, d’après lui, expliquent la hausse de la consommation de l’antibiotique en Algérie.
Toutefois, il exprime des réserves sur  ce classement. «Certes, la consommation des antibiotiques a augmenté en Algérie, mais elle ne peut pas dépasser les pays développés», a-t-il fait remarquer. Sur le danger de cette hausse sur la santé publique, notre interlocuteur affirme qu’il n’y a pas de consensus sur cette question. «Le risque de la consommation d’antibiotiques sur la santé publique est une idée défendue par une seule Ecole. En l’absence d’un consensus scientifique, il est difficile de confirmer ou de nier cette thèse», a-t-il répondu. Enfin, il y a lieu de noter que l’Union nationale des opérateurs de la Pharmacie a engagé, depuis quelques mois, une large enquête destinée à évaluer les habitudes de consommation des médicaments en Algérie réalisée par le cabinet international spécialisé, à savoir la société IMMAR Research & Consultancy, a indiqué l’Unop dans un communiqué. Les résultats de cette enquête seront divulgués le 16 avril 2018, ajoute la même source.