Crédit Agricole s’attend à ce que les économies de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) soient durement affectées par la pandémie du Covid-19. Dans sa dernière version de «Perspectives», publiée hier, l’organisme bancaire français anticipe un effondrement de l’activité économique dans les pays de la région MENA ainsi que des récessions qui commençaient déjà à se dessiner en mars. «Cette récession va avoir plusieurs conséquences macro-économiques déjà identifiées : un large dérapage des déficits budgétaires et parfois courants, une chute probable des réserves en devises, des hausses de dettes publiques et externes et des tensions sur les changes pour les monnaies les plus fragilisées», écrivent les analystes du groupe bancaire français. L’Algérie n’est pas en reste, puisque les analystes du Crédit Agricole prévoient une aggravation des déficits cette année, une décélération de la croissance économique et une chute drastique des stocks du pays en devises. Pour les rédacteurs de «Perspectives», une note de conjoncture publiée par Crédit Agricole, les déficits budgétaire et courant de l’Algérie pourraient grimper à plus 10% du Produit intérieur (PIB). Les réserves de changes du pays, s’établissant actuellement à environ 60 milliards de dollars, devraient connaitre une importante contraction sous l’effet de l’aggravation des déficits, celui de la balance des paiements essentiellement. Mais pas seulement. La dette publique de l’Algérie, qui a fortement augmenté depuis 2016, se situant actuellement à près de 50% du PIB, hausse aggravée par la planche à billets et les engagements du trésor, devrait croitre davantage, mettant à rude épreuve les comptes publics, à en croire les prévisions de Crédit Agricole. Au-delà des conséquences de la crise sanitaire sur les comptes extérieurs et les finances publiques, Crédit agricole s’attend également à ce que la micro-économie soit durement affectée, à travers des conséquences négatives sur les entreprises, la consommation, l’emploi… Les pays exportateurs de pétrole de la région MENA subiront le double impact de la crise sanitaire et de la chute des prix du pétrole sur le marché mondial. Crédit Agricole y voit «un peu plus de visibilité sur le marché du pétrole après l’accord entre l’Arabie saoudite et la Russie sur une baisse de production historique de 10 millions de barils par jour, afin de contenir l’effondrement des prix sur les marchés». Cependant, le groupe bancaire française estime que la réduction de 10 millions de barils par jour reste insuffisante pour le retour du marché à l’équilibre, à l’heure où l’économie mondiale s’enfonce dans la récession. «Sur une offre totale de 95 millions avant la crise, cette baisse reste encore insuffisante pour répondre à celle de la demande engendrée par la crise Covid qui retirerait 15 à 20 millions de barils par jour». Depuis l’accord, le prix du Brent fluctue entre 28 et 33 dollars par baril, une chute supérieure à 50% par rapport à l’année dernière, fait constater Crédit Agricole. «La chute simultanée des prix et des volumes va donc fortement affecter les PIB pétroliers des pays producteurs qui entreront en récession. Ceux-ci essaient d’ailleurs d’atténuer leur effondrement par des mesures de soutien public contra-cyclique, grâce aux gros moyens financiers dont certains d’entre eux disposent, notamment dans les pays du Golfe», lit-on dans ladite note qui souligne qu’«au total, c’est donc bien la quasi-totalité des activités rentières de la région qui est affectée par cette crise : production d’hydrocarbures, productions minérales ou de métaux, transport et tourisme, et plus marginalement les activités financières». Plus tôt, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que la croissance de l’Algérie devrait connaitre un repli de 5,2% cette année. Elle était d’à peine 0,8% en 2019. L’activité économique de l’Algérie connaitrait donc une forte récession cette année, avec des conséquences inévitables sur les comptes extérieurs du pays ainsi que sur la sphère microéconomique.