L’Algérie devrait vacciner plus de 35 millions de personnes pour atteindre l’immunité collective contre la Covid-19, a déclaré le président de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS), Kamel Senhadji. L’ambition première de vacciner 20 millions de personnes d’ici la fin de l’année devrait donc être revue à la hausse et la vaccination d’un nombre plus important, tel que celui préconisé par le Pr Senhadji, nécessiterait certainement plus de temps étant donné que le pays a vacciné jusqu’à présent environ 50% de son objectif premier, selon les dernières statistiques datant de la semaine dernière.

PAR INES DALI
L’impératif de vacciner plus de 35 millions de personnes se justifie, selon le président de l’ANSS, par l’obligation d’atteindre «une immunité collective relative» eu égard aux rebonds épidémiques liés notamment à la propagation de variants, dont le Delta qui prédomine pratiquement toutes les contaminations au Covid-19 dans le pays depuis l’été, avec un taux de «plus de 99%», selon l’Institut Pasteur d’Algérie. C’est ainsi que le Pr Senhadji relève qu’il est «primordial d’accélérer le rythme de vaccination pour maîtriser la propagation du virus». Dans ce sens, il estime qu’il s’agit maintenant l’administrer les anti-Covid-19 à pas moins de «200.000 personnes par jour, avec la collaboration des tous les acteurs concernés», étant donné que sont déployées sur le terrain des équipes médicales et paramédicales de la Protection civile et autres corps pour prêter main forte aux personnels de la santé, et ce, à travers tout le territoire national, y compris dans les régions enclavées et les zones difficiles d’accès.
Le nombre de vaccinés par jour qu’avance le Pr Senhadji risque de ne pas être satisfait si l’on se fie aux déclarations aussi bien des responsables du secteur sanitaire que des responsables des centres vaccinaux qui ont fait état d’une faible affluence des citoyens pour recevoir la première dose de vaccin, tout en regrettant que la réticence se fait de plus en plus sentir après l’engouement pour la vaccination enregistré durant juillet.
A noter que les 35 millions de personnes à vacciner tel que recommande le Pr Senhadji comprennent les adolescents âgés entre 12 et 18 ans. Il a indiqué, dans ce contexte, que «nous atteindrons sans aucun doute la vaccination des enfants et des femmes enceintes», une question qui n’a pas encore été tranchée pour le moment.

La production locale de Sputnik V l’année prochaine
Par ailleurs, il a révélé que la production locale du vaccin russe Sputnik V, à l’unité Saidal de Constantine, devrait démarrer l’année prochaine, sans donner une échéance précise. Initialement, la production de ce vaccin était prévue pour être lancée en septembre, mais elle a ensuite été repoussée à une date ultérieure. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Djamel Lotfi Benbahmed, avait expliqué que le projet avec les partenaires russes comprenait, en outre, la fabrication locale de médicaments utilisés en oncologie et que cela nécessitait plus de temps.
S’exprimant sur les vaccins, le Pr Senhadji a salué le lancement de la fabrication de l’antidote chinois CoronaVac à Constantine par le groupe Saidal, devant produire 1 million de doses durant le mois courant, 2 millions en novembre et atteindre 5,3 millions de doses début janvier 2022. Qualifiant la production nationale des vaccins d’«évènement scientifique historique d’envergure», Il a souligné qu’une telle démarche «renforcera la souveraineté sanitaire nationale, réalisera la sécurité sanitaire et réduira la facture d’importation de ce vaccin». Et d’ajouter que «la capacité de production de l’usine, notamment avec la mise à disposition des moyens humains et matériels, a toutes les chances d’augmenter, d’autant plus que les hautes autorités veillent à la réalisation de cet objectif».
La survenue d’une quatrième vague de la pandémie de Covid-19 n’a pas écartée par le président de l’ANSS, dont le pronostic est qu’elle sera, toutefois, «de moindre ampleur» que la troisième, et ce, grâce à la campagne de vaccination qui a connu son «apogée au mois d’août écoulé», a-t-il dit.
C’est, ainsi, qu’il a mis l’accent sur «la nécessité de promouvoir la recherche scientifique dans le domaine des épidémies et des vaccins», affirmant que l’Agence dont il est responsable œuvre à «mettre en place des stratégies, en vue de maîtriser les possibles situations épidémiologiques, à travers la réalisation d’études scientifiques anticipatives qui devront déterminer des indices scientifiques clairs».

Se préparer à d’éventuelles autres épidémies
Faisant état de l’existence d’une coordination entre l’Agence sanitaire de la sécurité sanitaire et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, à travers «la contribution à la formation qui est au diapason avec les nouvelles exigences induites par la scène scientifique et économique», il a ajouté que l’ANSS «prendra part à la formation de la première promotion des étudiants de l’Ecole supérieure nationale de l’intelligence artificielle», sise au pôle technologique de Sidi Abdallah. Dans le but de stimuler la concurrence scientifique, il a annoncé la possible création d’«un prix national» par l’Agence dans le but d’encourager les étudiants et les chercheurs à l’innovation et à la création dans le domaine des épidémies et des vaccins.
Le Pr Senjadji n’a pas écarté l’éventualité d’autres épidémies. «Nous sommes entrés dans une phase où il y a risque d’autres épidémies et il y aura de nombreuses épidémies», a-t-il estimé, ajoutant qu’il existe un projet de «création d’un hôpital pour prendre en charge les épidémies, qui sera lié à un laboratoire pour effectuer des analyses. L’hôpital sera également un lieu de quarantaine en cas d’épidémie». A travers ce projet, l’Algérie veut se prémunir et être prête dans le cas où elle devrait affronter une épidémie telle que celle de Covid-19.