La création de syndicats dans tous les secteurs s’accélère. En effet, selon Mekhazni Rabah, directeur des relations de travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, l’Algérie compte, en ce début d’année, 138 organisations syndicales agréées contre 104 seulement en 2019.
S’exprimant à la veille du double anniversaire du 24 février (création de l’UTA et nationalisation des hydrocarbures) sur le plateau de l’émission « l’invité de la rédaction » de la Chaîne 3 de la Radio nationale, Mekhazni précise que 48 syndicats sur les 138 agréés n’activent plus. Ils ne donnent plus signe de vie. Une situation anormale qui doit être réglée par les pouvoirs publics, souligne-t-il, tout en précisant que 32 de ces 48 syndicats représentent les travailleurs et 16 les employeurs.
Par secteur, l’invité de la rédaction affirme que l’Education est le segment qui compte le plus important nombre d’organisations syndicales, 25, suivi par le secteur de la santé publique. Dans le secteur économique, ce sont les transports qui arrivent en tête en termes de nombre de syndicats avec 8 organisations. La plupart représentent les travailleurs de la compagnie nationale du transport aérien Air Algérie.
Interrogé sur le sort des syndicats inactifs, il dira que le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale tente d’établir un contact avec les membres de ces syndicats en vue d’assainir leur situation. Une démarche qui n’a pas eu de résultats pour le moment. La prochaine étape consiste à lancer une réflexion sur la démarche à adopter envers ces organisations. Néanmoins, il précise que la dissolution ne fait pas partie des prérogatives de son département ministériel. « Seule la justice peut geler ou dissoudre une organisation syndicale », note-t-il.
Par ailleurs, il annonce l’intention des pouvoirs publics de revoir la loi 90/14 relative à l’activité syndicale. Une révision qui interviendra après l’amendement de la Constitution. L’élargissement du champ des libertés syndicales et la révision des modalités du dialogue et de création des organisations syndicales seront au cœur de l’amendement. La représentativité fera objet également de révision.
A une question sur les grèves que connaîssent certains secteurs, il dira que 466 grèves, dont 5 à caractère national, ont été recensées en 2019, par les inspections du travail. Ces grèves ont mobilisé environ 314 000 travailleurs et occasionné une perte de 266 journées non travaillées. Certains de ces mouvements de grève n’ont pas respecté les démarches légales de déclenchement d’une grève. D’après lui, la loi algérienne a prévu plusieurs mécanismes de règlement des conflits sociaux avant de recourir à la grève. Des mécanismes qu’on utilise rarement.
Revenant sur l’avant-projet de révision du code du travail, l’invité de la Chaîne 3 explique que ce projet a été «actualisé» et toutes les observations du Bureau international du travail (BIT) ont été prises en considération. Le ministère du Travail s’engage également à lancer une large consultation avec tous les acteurs du monde du travail avant d’élaborer la version finale du projet d’amendement du code du travail. Sur ce point, il rappelle que l’employeur ne peut en aucun cas refuser à ses employés de créer une organisation syndicale. « C’est un droit constitutionnel. Toutes les entreprises, les multinationales comprises, sont tenues de respecter ce droit », a-t-il rétorqué.
Pour rappel, les syndicats autonomes ont mis en garde contre toute remise en cause des acquis sociaux par le projet d’amendement du code du travail.