La crise du Covid-19 risque de rendre insolvables certains pays émergents, et d’accroître encore les inégalités, ont écrit jeudi des économistes du Fonds monétaire international (FMI), appelant à des mesures de soutien supplémentaires à différents niveaux. «Les économies de marché émergentes ont relativement bien traversé la première phase de la crise mais la phase suivante pourrait être beaucoup plus difficile», alertent Martin Mühleisen, Tryggvi Gudmundsson et Hélène Poirson Ward. «Le risque est élevé que les problèmes de liquidité se transforment en problèmes de solvabilité» dans les pays émergents, craignent-ils, alors que «la crise a beaucoup plus durement frappé les populations pauvres, et cette augmentation des inégalités amplifiera le défi politique dans de nombreux pays». «Le virus reste présent, les conditions financières sont encore fragiles et la marge de manoeuvre politique est réduite, en particulier pour les pays confrontés à des risques élevés pour la viabilité de la dette», détaillent ces économistes dans une note de blog. Ils relèvent qu’«environ un tiers de toutes les économies de marché émergentes sont entrés dans la crise avec des niveaux d’endettement élevés», ne leur laissant pas de marge de manoeuvre pour soutenir leur économie. Les pays les plus touchés sont ceux qui dépendent du tourisme, ainsi que les pays exportateurs de pétrole. Ces économistes du FMI précisent que «le soutien politique des économies avancées a donné aux décideurs des économies de marché émergentes une marge de manoeuvre pour atténuer le choc économique». Ils estiment nécessaire une réponse à plusieurs niveaux: «tout d’abord, les politiques nationales devront être conçues pour permettre une croissance plus durable et inclusive». Ils soulignent ensuite qu’«un soutien accru de la part des prêteurs bilatéraux et multilatéraux sera nécessaire là où l’accès au marché reste précaire», et précisent que, depuis le début de la crise, «le FMI a fourni à 22 pays émergents une aide financière d’environ 72 milliards de dollars». Quant aux pays dont la dette est insoutenable, « une résolution rapide et durable de ces problèmes sera nécessaire, en partageant largement la charge entre les créanciers, y compris dans le secteur privé».