Contrairement à plusieurs pays de la région Afrique du Nord, Moyen-Orient (Mena), l’Algérie ne se trouve pas en situation de besoin urgent de fonds de soutien en provenance du Fonds monétaire international (FMI), estime le Crédit agricole. « L’Algérie est dans une situation moins préoccupante et urgente, compte tenu de son très faible endettement public et de l’absence de dette externe », juge, en effet, le groupe bancaire français.
Néanmoins, il relève que les réserves en devises de notre pays « chutent rapidement, à un rythme de 20 milliards de dollars par an environ » et que pareille évolution fait « peser à terme » des risques de liquidité qui inciterait à recourir au FMI pour les besoin de compensation. D’où les orientations du même organisme vers le recours aux marchés financiers extérieurs. Une option qui n’est plus un tabou pour les pouvoirs publics algériens, sachant que le recours à des financements étrangers en faveur des projets économiques structurels est une mesure contenue dans la loi de finances 2020.
Autrement dit, il y a désormais préférence pour le financement extérieur afin d’encourager les projets économiques vitaux au lieu de poursuivre le financement non conventionnel, qui pourrait alourdir davantage la dette publique interne. Celle-ci s’élevait à plus de 37% du PIB en 2018, alors que la dette externe de l’Algérie ne dépasse pas, actuellement, 1% du PIB.
Si l’Algérie est actuellement épargnée par le recours au FMI, d’autres pays de la région Mena se sont retrouvés dans l’obligation de s’orienter vers cette institution monétaire, suite aux déséquilibres macro-économiques qui s’y sont produits, note encore le Crédit agricole, soulignant que « ces déséquilibres ont nécessité depuis quelques années la mise en œuvre de plans de soutien de la part du FMI, plans plus ou moins sévères et élevés selon la nature et l’ampleur des difficultés économiques des pays concernés ».
Ces pays sont actuellement au nombre de 6, précise la même source, citant l’Egypte, l’Irak, la Jordanie, le Maroc, la Tunisie et le Yémen. « Alors que certains pays sortiront de ces plans en 2022 à l’issue de la période de remboursement, de nouveaux pays pourraient rentrer dans la liste », prévoit le Crédit. Sur les six pays, seul l’Irak dispose d’une ligne de type stand-by, d’un montant assez modeste de 2,5% du PIB, mise en place lorsque le pays avait des déficits jumeaux très élevés qui se sont résorbés depuis 2015. En Egypte, après trois années de soutien, le début de la période de remboursement commence cette année. Le pays, qui a relativement bien réduit ses déficits et dispose de la confiance des marchés financiers, possède par ailleurs des réserves en devises lui permettant de faire face aux remboursements. Le FMI poursuit sa mission de conseil pour épauler les autorités dans la mise en place des réformes structurelles. La Jordanie, dont c’est le troisième plan de soutien en vingt ans, a réussi à réduire son déficit courant, mais celui-ci reste trop élevé par rapport à la croissance du PIB. En Tunisie, la situation est plus difficile car depuis le début du plan, le gouvernement n’a pas su mettre en place une politique économique de redressement. Le déficit courant s’est même creusé à plus de 10% du PIB depuis la mise en place du plan, affecté par la faiblesse des exportations et la chute de l’épargne. Les tirages sont de 60% de la ligne à disposition. La probabilité d’un soutien d’une durée plus allongée est assez forte. Le Maroc bénéficie du soutien le plus léger de la région, sous forme d’une ligne de liquidités de précaution (PLL), en baisse en 2018 et destinée à apaiser d’éventuelles tensions sur les marchés financiers, notamment sur le change. Cette ligne n’a jamais été tirée.
D’autres pays de la zone qui accusent de forts déséquilibres macroéconomiques pourraient devoir recourir à un plan FMI dans un futur proche. Le premier d’entre eux est le Liban. Pour ce pays, la probabilité d’une intervention prochaine du FMI est quasi certaine, compte tenu de l’état désespéré des finances du pays et de l’absence totale d’accès aux marchés financiers pour financer les déficits qui se creusent.