L’année 2019 a été pénible et infructueuse pour l’activité commerciale qui a accusé un recul de 40 %, a indiqué hier à Alger le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulenouar, qui fait état de 80 000 commerçants ayant changé ou gelé carrément leurs activités. Ce constat rejoint celui établi, la semaine écoulée, par le président de la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA), Abdelwahab Ziani, qui a parlé «d’une année 2019 blanche», sonnant ainsi le malaise chez les producteurs nationaux.
M. Boulenouar, invité du Forum du quotidien El Lika (Rencontre), n’a pas été par quatre chemins pour dire que «l’instabilité politique du pays depuis le 22 février dernier est la cause principale et directe de la stagnation économique et du recul remarquable des activités commerciales». Dans son évaluation du bilan économique de l’an dernier, le conférencier a relevé que «l’investissement étranger ou local a été impacté négativement à cause de la tension de la rue et l’instabilité politique que connaît le pays depuis une année». Désigne-t-il le mouvement populaire comme cause de ce recul de l’activité commerciale ? Non, répond Boulenouar, selon qui, «c’est grâce au Hirak que nous avons pu changer beaucoup de choses».
Sur un autre registre, le conférencier a évoqué «le manque de marchés de proximité», regrettant que «plus de 600 communes, sur les 1 541 que compte le pays, ne disposent pas de marchés de proximité». Pour lui, il ne fait point de doute que ce facteur favorise la hausse des prix des fruits et légumes. Pour y remédier, M. Boulenouar a appelé les présidents d’APC à créer des points de vente temporaires pour les fruits et légumes au détail, et ce, en engageant les préparatifs un mois avant le Ramadhan. Pour ce qui est des «viandes» et «l’alimentation de bétail», M. Boulenouar a dit qu’il faut revoir les lois qui interdisent «la commercialisation du bétail du Sud au Nord» ainsi que «le système de quotas pour l’alimentation de bétail». Pour lui, il s’agit de lois qui freinent le développement de l’économie nationale, d’où la nécessité de revoir cette réglementation, a-t-il soutenu. «La commercialisation des bétails au Nord peut diminuer la facture d’importation des viandes. Le bétail du Mali et du Niger ne présente aucun danger pour la santé des Algériens, contrairement à ce qu’on continue de dire ici et là. La preuve est qu’«il n’a pas été interdit par l’OMS». De plus, «l’Algérie peut produire 50 millions de moutons, le double de la production actuelle, qui a stagné d’environ 25 millions de moutons», a-t-il ajouté.
Revoir la politique des subventions
S’exprimant sur les problèmes qui se sont posés, ces dernières semaines, autour de la distribution et la commercialisation de certains produits de première nécessité, notamment le lait, le président de l’ANCA a pointé du doigt la politique de subvention des prix. «Le problème ne va pas se régler tant que l’Etat ne changera pas la politique de la subvention des produits alimentaires», a-t-il expliqué. «Nous demandons aux autorités de revoir la politique de subvention actuelle. Il faut subventionner autrement, c’est-à-dire en aidant le citoyen directement», a-t-il dit. Le conférencier a expliqué cette proposition en déclarant que «la politique de la subvention actuelle va en premier lieu au profit d’autres parties, à savoir les producteurs étrangers, les contrebandiers, les transformateurs de la matière première et autres». Pour éviter tout amalgame ou incompréhension, Boulenouar ajoute qu’il «ne plaide pas pour l’arrêt ou la suspension de la subvention des produits alimentaires, mais défend plutôt la révision du mode de subvention». n