Les commerçants et artisans ne savent pas encore s’ils doivent recevoir une aide de 10 000 ou 30 000 dinars par mois pendant un trimestre.
Plus d’un mois après que le Président de la République ait décidé de l’octroi d’une aide de 30 000 dinars aux commerçants et artisans impactés par les effets de la Covid-19 – l’arrêt d’activité ayant entraîné une perte du chiffre d’affaires -, la mesure n’est pas encore appliquée dans la majorité des wilayas, indique Boulenouar El Hadj Tahar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), contacté par Reporters.
Après l’opération d’aide de 10 000 DA aux personnes nécessiteuses qui a enregistré des lenteurs dans sa distribution, c’est au tour d’une grande partie des commerçants et d’artisans touchés par les conséquences du confinement de subir la même frustration. Une situation qui montre que les Algériens, notamment les simples citoyens, sont toujours victimes des méfaits de la bureaucratie. «Les commerçants et artisans inscrits pour bénéficier de cette aide ne l’ont pas encore reçue dans la majorité des wilayas. Elle ne concerne que les commerces qui sont restés fermés pendant le confinement mais pas les épiceries, les supérettes, les marchands de fruits et légumes…», précise le président de l’ANCA. A quoi est due cette lenteur ? Boulenouar El Hadj Tahar l’impute à un préalable, l’estimation. «C’est au niveau de la wilaya, à la Direction du commerce de la wilaya, que le dossier du commerçant ou de l’artisan est examiné. Ces services doivent estimer si le commerçant est éligible ou non, si son commerce en clair a dû fermer ou non à cause des mesures de confinement». Ce travail a pris du temps, laisse entendre le premier responsable. Ce qui montre l’incapacité de l’administration dans cette période de pandémie à appliquer dans des délais rapides des mesures décidées au plus haut niveau de l’Etat.
Ça grince au niveau des services de la wilaya
Le président de l’ANCA pose dans ce dossier un autre problème qui n’est pas encore réglé. Les commerçants et artisans touchés ne savent pas s’ils recevront 30 000 dinars pendant trois mois, soit un montant de 90 000 dinars ou 10 000 DA par mois, soit 30 000 DA en un trimestre». «Les autorités doivent clarifier ce point», a-t-il ajouté. Troisième difficulté, les Directions du commerce et celles de l’artisanat refusent de recevoir les dossiers de certains commerçants et artisans. L’ANCA demande aux autorités que les délais d’inscription pour bénéficier de cette aide soient prolongés. Boulenouar El Hadj Tahar affirme que des dizaines de milliers de commerçants et d’artisans affiliés aux associations sont éligibles à cette aide. Ce sont des centaines de milliers qui sont touchées, si on compte ceux qui ne font partie d’aucune association. Le président de l’ANCA soulève également le problème des commerces ou activités qui n’ont pas encore repris, les écoles de langue, les centres d’apprentissage, les auto-écoles, les salles de sport, les bains maures, les salles des fêtes et dont l’impact en termes de pertes du chiffre d’affaires paraît plus lourd. Cette situation invite à se poser la question de l’estimation de leur manque à gagner et du montant de leur indemnisation au vu du contexte de crise financière. Cette frange d’activités représente 10 à 15% de l’activité globale commerciale, a indiqué le premier responsable de l’ANCA. Tout comme le problème des liquidités qui persiste en dépit des instructions du Premier ministre et les aides qui n’arrivent pas à temps pour soulager les bénéficiaires portent atteinte à la crédibilité de l’Etat. Faut-il une main de fer pour que ces pratiques bureaucratiques cessent ? Les hautes autorités ont déjà réagi à ces défaillances par des limogeages de walis de Directeurs généraux. A qui sera le tour ? La question est de savoir si la vraie solution n’est-elle pas, outre les sanctions, de lier les responsables des services publics et les walis à des contrats de performance. Celui qui n’atteint pas les objectifs se voit automatiquement remplacé à la tête de ces institutions et des grandes entreprises publiques. C’est l’une des voies de la réforme du secteur public, d’amélioration de la qualité des services publics et partant de la restauration de la crédibilité des institutions publiques. n