Même si elles ont été régulièrement sollicitées ces dernières années, les réserves de change restent «appréciables» et «très acceptables», selon le ministre des Finances Aymen Benabderrahmane. Il met cette position sur le compte de la démarche qu’auraient adopté les pouvoirs publics pour réduire la facture des importations, de sorte à alléger la pression négative sur la balance commerciale du pays.

S’exprimant devant les journalistes à l’issue de l’adoption de la loi de règlement budgétaire 2018 au Conseil de la nation, M. Benabderrahmane a indiqué que «l’Algérie s’emploie à empêcher l’érosion de ses réserves de change, qui sont actuellement à un niveau très acceptable, à travers des mécanismes de réduction des importations et de contrôle de la surfacturation», a déclaré l’argentier du pays en réponse à une question sur les rapports d’institutions internationales faisant état d’une forte érosion des réserves de change de l’Algérie à la fin de l’année en cours.
Parmi ces institutions, la Banque mondiale qui, au printemps dernier, avait indiqué que «sans l’adoption de nouvelles mesures, les réserves seraient ramenées à 24,2 milliards de dollars, soit environ 6,1 mois d’importations à fin 2020». Des prévisions qui se trouvent être largement en deçà des prévisions des autorités algériennes. A la même période des prévisions de la BM, le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement, Ammar Belhimer, faisait état d’un solde de 44,2 milliards de dollars comme réserves de changes attendus pour l’année qui s’achève. Des prévisions qui prenaient en considération la baisse des prix du pétrole qui devait se traduire par une réduction de 7,5% des exportations de l’Algérie pour le même exercice. Comprendre que ce matelas financier allait perdre plus de 7 milliards de dollars par rapport à 2019. Ce qui ne semble pas avoir été le cas, si l’on se réfère aux prévisions établies quelques mois plus tard pour l’année 2021, et dont le projet de loi présenté en octobre dernier par le même Aymen Abderrahmane prévoyait une baisse à 46,84 milliards de dollars, soit près de 16,2 mois d’importations et de services hors facteurs de production.
Cette révision à la hausse devait intervenir suite à l’amélioration prévue dans le déficit de la balance des paiements qui devrait atteindre -3,6 MDS en 2021, alors que le niveau des réserves de change connaîtra une hausse progressive en 2022 (47,53 MDS/USD) et en 2023 (50,02 MDS/USD) grâce à l’excédent prévu pour ces deux années, avait ajouté le premier responsable du secteur.
Cette remontée maintiendra, cependant, les réserves de change du pays loin du niveau non seulement appréciable, mais aussi confortable qu’elles avaient atteint avant la chute des prix du pétrole en 2014. Ce matelas en monnaie forte comptait quelque 200 milliards de dollars avant de commencer à se rétrécir comme peau de chagrin, perdant plus de 150 milliards de dollars à ce jour.
Pour un pays dépendant de ses seules recettes d’hydrocarbures, le seul recours pour faire face à l’excédent budgétaire provoqué par les importations toujours en hausse consistait malheureusement à sacrifier ce solde. M. Benabderrahmane a également annoncé l’émission de nouveaux billets de banque qui seront en circulation début 2021. Au sujet des bureaux de change, il a dit que leur ouverture aux résidents était une «procédure illégale» qui ne peut être mise en œuvre car, selon lui, les bureaux de change sont destinés principalement aux étrangers.
La situation des entreprises publiques en difficulté telles que l’Eniem a été également évoquée par le ministre. Ce dernier a reproduit le même discours qu’il développe ces dernières semaines, soulignant que «l’Etat a mis en place un mécanisme pour les accompagner à travers un nouveau cahier des charges et selon de nouveaux indicateurs de performance». «Il n’est désormais plus possible de gaspiller l’argent public dont nous sommes tenus responsables mais de le dépenser avec un accompagnement pour obtenir la performance économique requise. Le moment est venu pour nos entreprises publiques, mais aussi privées, d’être compétitives et l’Etat les accompagnera», a-t-il expliqué de nouveau, alors que les travailleurs de l’Eniem sont dans l’attente de la décision annoncée lundi pour cette semaine par le ministre de l’Industrie à propos de la situation de crise que vit leur entreprise.